Quelques jalons de l’histoire des législations sur le viol en Chine (suite)

La chute de l’Empire et la République de Chine

Jacques Gernet écrit dans le troisième tome du Monde Chinois : « L’ancien régime s’effondre sans que le groupe hétéroclite des révolutionnaires républicains y ait véritablement contribué, sinon comme force d’appoint relativement négligeable. La « révolution » de 1911 n’est pas, comme on l’a prétendu afin de l’insérer dans le schéma d’une évolution historique dont le modèle a été fourni par l’Europe ou par la théorie marxiste des cinq stades de l’humanité (…) une révolution « bourgeoise » mais un simple intermède dans la décomposition du pouvoir politique en Chine. »

Pourtant, la période extrêmement troublée qui précède la victoire communiste de 1949 a vu des évolutions majeures pour les droits des femmes. Si les initiatives du mouvement pour le suffrage des femmes au tout début de la révolution ( sur lesquelles nous reviendrons dans un autre post) se sont révélées infructueuses; lorsque le Guomindang revient au pouvoir en 1927 après l’intermède de la dictature de Yuan Shikai et de la partition du pays entre divers zones contrôlées par des « seigneurs de guerre », le parti de Sun Yat-Sen et Chiang Kai-shek a mis à son programme l’égalité des hommes et des femmes. Le code civil qui est promulgué en 1930 par le nouveau pouvoir constitue ainsi un tournant radical puisqu’il introduit le droit des femmes à l’héritage. Kathryn Bernhardt dans Women and Property in China. 960-1949 résume le bouleversement engagé : « Pour les législateurs du Guomindang, il y avait trois grands obstacles aux droits à l’héritage des femmes – la succession patrilinéaire, la famille patrilinéaire et le concept de propriété comme propriété familiale. Ils dissocièrent donc l’héritage de la succession patrilinéaire, égalisèrent les rapports de parenté et séparèrent la propriété de l’économie domestique. Ils adoptèrent les concepts occidentaux de propriété individuelle et d’héritage post-mortem. (…) L’égalité de genre complète était désormais inscrite dans la loi. » De même, le nouveau régime adopte des lois sur le divorce, inspirées de celles existant en Suisse et en Allemagne et très libérales pour l’époque. Toutefois, comme le constate Susan L. Mann dans Gender and Sexuality in Modern Chinese History : « Bien que les nouvelles opportunités de divorce ouvertes par la loi républicaine amenèrent un nombre sans précédent de femmes à saisir les tribunaux, la stigmatisation sociale, les problèmes économiques laissés inchangés par la loi ( comme la difficulté à se remarier) continuèrent à rendre difficile aux femmes de prendre avantage des nouvelles options juridiques. Même à Shanghai, le taux de divorce resta globalement bas – moins d’un divorce pour 1000 personnes dans les années 30. Dans le même temps les veuves continuaient de subir la stigmatisation confucéenne liée au remariage, qui n’avait jamais été remise en cause par les réformes juridiques des républicains. La chasteté des veuves restait la norme. » Il en était d’ailleurs de même pour les droits de propriété : « Le nouvel ordre juridique basé sur la propriété individuelle et l’égalité des sexes, opérait dans un climat social où les principes et les pratiques de la succession patrilinéaire et de la propriété familiale restaient prédominants. Quand ce nouvel ordre juridique et ces pratiques coutumières se rencontraient au tribunal, le sort des droits à l’héritage de la femme ou de la fille dépendaient du degré de disjonction entre les deux.  » ( Kathryn Bernhardt) Les juges se contentant la plupart du temps d’arbitrer entre la nouvelle législation moderniste et les traditions patriarcales.

Pour ce qui est de la loi pénale, les réformes visèrent principalement à aggraver les peines en cas de rébellion ou de subversion, l’accession au pouvoir du Guomindang étant inséparable de l’écrasement du mouvement ouvrier comme l’avait démontré la commune de Shanghai. Le code pénal de 1928 définit, à l’article 221 du chapitre consacré aux délits commis contre la moralité , le viol comme : « comme un acte par lequel un homme engage une relation sexuelle avec une femme par la force, la menace de la force, la drogue, l’hypnotisation ou tout autre moyen d’empêcher la femme de résister à ses avances sexuelles. » Mais comme le constate Chih-Chieh Lin dans son article« Failing to Achieve the Goal: A Feminist Perspective on Why Rape Law Reform in Taiwan Has been Unsuccessful » « La loi ne criminalisait pas le viol à moins que le violeur n’ait eu recours à un haut niveau de violence. Les mises en accusation étaient rares car il était difficile de prouver que le niveau de force engagé était suffisant pour prouver que la victime n’avait pas pu résister. » On en restait donc sur le papier au régime précédent, d’autant plus que les tensions politiques aidant, le parti nationaliste va vite revenir à une conception plus traditionnelle du rôle de la femme. Comme le rappelle Judith Stacey dans Patriarchy and Socialist Revolution in China: « Le Guomindang chercha rapidement à reformuler le féminisme pour faire des femmes une division auxiliaire de l’effort national de redressement. Ce féminisme révisionniste réaffirmait le genre comme un principe régulateur de base et incitait les femmes à assumer leur position « complémentaire » et définitivement subordonnée dans les sphères de la maternité, du service social volontaire et de l’édification morale. Finalement dans les années 30, le Guomindang formula officiellement son recul quant au féminisme en introduisant sa réponse la plus spécifique et la plus futile à la crise du confucianisme – le mouvement de la vie nouvelle. Cet initiative volontariste cherchait à rétablir l’ordre moral et social en restaurant les valeurs confucéennes, désormais matinée de Christianisme. » Mouvement de la vie nouvelle que les exactions des fameuses « chemises bleues » affiliées au parti se chargèrent de discréditer.

Les viols de masse sous la domination des seigneurs de guerre et dans la guerre civile

Quoiqu’il en ait été des velléités modernisatrices des nationalistes, la massification du viol dans les affrontements militaires de cette période (nous n’évoquerons pas ici les atrocités commises par les armées d’occupation japonaises) auraient suffit à les rendre dérisoires pour une grande partie de la population des provinces. Ainsi Edward A. McCord dans le chapitre « Burn, Kill, Rape, and Rob: Military Atrocities, Warlordism, and Anti-Warlordism in Republican China » qu’il a rédigé pour le recueil Scars of War. The Impact of Warfare on Modern China,décrit longuement de nombreux épisodes d’exactions menées par les troupes de tel ou tel seigneur de guerre, pour qui cela représentait au bout du compte un moyen pratique de payer leurs troupes. L’ampleur de ces atrocités, d’une échelle selon McCord « bien supérieure à celle commise en générale par des soldats dans une guerre », eurent un effet majeur sur la suite du conflit. « La publicité données aux atrocités commises par les armées des seigneurs de guerre renforça « l’anti-warlordisme » (sic ! NDT) comme but politique central de l’époque et à la fois les partis nationalistes et communistes définirent l’élimination des seigneurs de guerre comme un de leurs principaux objectifs. L’importance donnée aux exactions militaires dans la critique des seigneurs de guerre, signifiait aussi que ces partis seraient jugés au final sur leur aptitude non seulement à réunifier le pays mais aussi à mettre fin à la violence militaire contre les populations civiles. De fait, face aux atrocités des armées des seigneurs de guerre, la création d’une armée disciplinée qui pourrait regagner la confiance du peuple devint un objectif stratégique, tant pour les pouvoirs politiques que militaires. » (Edward A. McCord)

C’est visiblement une leçon que les troupes nationalistes oublièrent rapidement, notamment en ce qui concerne le viol comme le souligne Judith Stacey : « Au lieu d’aider les familles paysannes, l’armée blanche (du Guomindang), les dévalisait le plus souvent. Les militaires réquisitionnaient les rares récoltes des villages. Si les combattants de l’armée rouge se battaient souvent depuis leur localité d’origine, les armées du Guomindang venaient de l’extérieur et n’avaient en général aucune sympathie pour les populations locales. La discipline et la rectitude de l’armée rouge contrastait fortement avec les violations de la propriété, de la sexualité et de la vie commises par les armées blanches. Le pillage, le viol et les agressions étaient endémiques chez ces dernières. Le viol de leurs femmes étant ce qui provoquait l’hostilité la plus grande de la part des locaux. » (Patriarchy and Socialist Revolution) Jack Belden dans son récit de la guerre civile, China Shakes the World, raconte ainsi cette anecdote : « J’ai même trouvé un propriétaire terrien gagné à la cause communiste du fait de la différence entre le Guomindang et la 8eme armée de Route ( communiste). Lorsque je l’ai rencontré dans un village, sa terre avait été divisée et redistribuée et il haïssait l’armée rouge pour cela. Mais quand le Guomindang a provisoirement repris le contrôle de la zone, sa fille, qui était la plus jolie du village, fut forcée de coucher avec le commandant de l’armée blanche. Par conséquent, et malgré la perte de sa propriété, le propriétaire terrien préférait grandement l’armée rouge. »

On sait que « Ne prenez pas de libertés avec les femmes » faisait parti des fameuses recommandations de discipline émises dés 1929 par Mao ( elles sont reproduites dans le Petit livre rouge). Pourtant dans un de ses textes les plus fameux, le « Rapport sur l’enquête menée dans le Hunan à propos du mouvement paysan », celui-ci semblait montrer plus de tolérance pour le « viol de classe » : «Le peuple pénètre comme un essaim dans la maison des tyrans locaux et de l’ignoble gentry qui sont contre les associations paysannes, ils égorgent leurs porcs et mangent leurs céréales. Ils se prélassent même pour une minute ou deux sur les lits incrustés d’ivoire appartenant aux filles de la maisonnée… » Plusieurs épisodes de ce type obligèrent en tout cas le parti communiste a prendre très tôt des mesures sévères contre ce type d’excès.

La République Populaire de Chine

Une des premières mesures phares du nouveau régime fut la promulgation en 1950 d’une loi sur la famille, effectivement révolutionnaire par certains de ses aspects quoique centralement traditionaliste, puisque les nouveaux droits des femmes n’étaient compris que dans le contexte du mariage et de la reproduction, bref de la famille. Cette loi reflétait et reflétera dans ses évolutions, les évolutions et tiraillements du Parti Communiste Chinois sur le sujet depuis les premières mesures audacieuses prises dans les années 30 dans le Soviet du Jiangxi jusqu’à la politique, plus mitigée que le veut bien le mythe, menée ultérieurement ( nous reviendrons sur cette trajectoire dans un prochain post).

Pour ce qui est plus spécifiquement des lois sur le viol et les violences sexuelles, il est difficile de se faire une idée exacte de ce que prévoyait le code pénal puisque la promulgation de celui-ci fut repoussée à plusieurs reprises sous l’ère maoïste. Ainsi, une première version qui devait être approuvée en 1957 entra en collision avec « le mouvement anti-droitiers » initié par Mao, de même une nouvelle version soumise en 1963 fut bientôt renvoyée aux calendes grecques par le comité politique du fait de la révolution culturelle (sur le sujet voir Jian Fu Chen Chinese Law : Context and Transformation). Bref, le premier code pénal chinois moderne ne fut mis en place qu’en 1979, après la mort du Grand Timonier.

Ce code, assez largement inspiré du code soviétique, n’indiquait que les peines prévues ( par exemple : « Quiconque par la violence et la coercition ou par d’autres moyens, viole une femme doit être condamné à pas moins de trois ans et pas plus de dix ans d’emprisonnement » Article 139) mais ne donnait pas de véritable définition de ce qui constituait un viol. Suite à de nombreux débats et à plusieurs condamnations abusives, une déclaration commune, en avril 1984, de la Cour suprême du Peuple et du ministère de la sécurité publique mit les choses au clair  en définissant le viol comme  «l’emploi de la violence, de la coercition ou d’autres moyens pour forcer une femme à des relations sexuelles contre sa volonté. » Il y est clairement indiqué qu’une réputation de « promiscuité sexuelle » et « la présence ou l’absence de signes de résistance » ne pouvaient être pris en compte dans la condamnation d’un homme accusé de viol. La suite du document détaillait précisément le large spectre des moyens de coercition désormais reconnu par la loi ( sur le sujet voir l’article Chinese Rape Law in Comparative Perspective de Harold Tanner ).

La particularité de cette nouvelle législation, c’est qu’elle fut très vite massivement utilisée lors d’une campagne contre le « hooliganisme » dans les villes, menée à partir d’aout 1983 . Quoiqu’il n’y ait pas eu à l’époque de hausse particulière du nombre de viols recensés, ni même de la criminalité en générale, il fallait pour les officiels mettre fin au désordre urbain et redonner confiance en la police. Parmi les sept chefs d’accusation rendus prioritaires par la campagne figuraient ceux de viol et de hooliganisme, qui étaient souvent confondus en une même accusation puisque la cible principale de l’opération c’était les jeunes chômeurs venus de la campagne. Comme le résumait Christina Kelley Gilmartin dans son chapitre Violence against Women in Contemporary China du livre Violence in China. Essays in culture and counter-culture : « L’ère post-maoïste de réformes économiques avait amené à la fois des changements radicaux dans les structures politiques et économiques et créée de nouveaux problèmes et tensions sociales. Avec le démantèlement des structures communes dans les zones rurales par exemple, les mesures de contrôle étaient bousculées, la mobilité était encouragée afin de stimuler l’économie rurale, de plus en plus d’hommes avaient un travail à l’extérieur et les femmes ne travaillaient plus en grands groupes dans les champs. Pour la première fois depuis 1949 également, un grand nombre de jeunes gens se retrouvaient sans emploi dans les villes et ce plusieurs années après avoir eu leurs diplômes. Les résidents urbains chinois qualifiaient ces jeunes désoeuvrés de Hooligans ( liumang) et les considérait comme une source de problèmes sociaux. De plus, ces jeunes qui décidaient de créer de petits business étaient plutôt mobiles et largement hors d’atteinte de la supervision des vieilles générations. Dans le même temps, l’emprise des stricts mœurs confucéennes et du code sexuel communiste puritain qui avait été déjà affaiblie pendant la révolution culturelle, le fut encore plus par l’ouverture de la Chine au monde extérieur. »

Durant les six premiers mois de cette campagne plus de 563 000 personnes furent arrêtées et le chiffre atteint plus d’un million au bout d’un an, 24 000 personnes étant condamnés à mort. L’un des effets paradoxaux de cette opération c’est d’avoir mis la question du viol au premier plan, notamment dans les médias avant de mieux la remettre sous le tapis, une fois que les statistiques artificiellement élevées d’agression sexuelles soient artificiellement redescendues pour illustrer la réussite de la campagne qui ,selon Christina Gilmartin, n’a rien changé de fondamental à la situation des femmes à l’époque : « Clairement, la vision selon laquelle les traits culturels traditionnels ont persisté malgré les efforts du gouvernement pour les éradiquer est fausse. Au contraire, les politiques de l’État ont renforcé l’ordre patriarcal et systématisé beaucoup de discriminations vis à vis des femmes. En agissant ainsi, ils ont contribué à pérenniser un environnement social dans lequel la violence contre les femmes a servi à la fois à perpétuer l’ordre patriarcal et à retarder le changement social. »

La question du viol ne sera plus débattue socialement jusqu’aux récentes lois, notamment celle sur sur la violence domestique et aussi bien sûr grâce aux luttes des féministes…

Quelques jalons de l’histoire des législations sur le viol en Chine

«  Le viol est entré dans la loi par la porte de derrière, comme un forme de crime contre la propriété d’un homme commis par un autre homme. La femme étant vue, bien évidemment, comme une propriété. » Susan Brownmiller Against our Will. Men, Women and Rape

Suivre l’évolution des lois réprimant (quoiqu’en Chine comme partout ailleurs jusqu’à la fin du XX ème, le terme « encadrer » semble plus juste) le viol permet d’éclairer certains aspects spécifiques du « système patriarcal » chinois et de ses évolutions. Nous donnons ici quelques jalons.

Le viol dans le Code Tang

Précisons que traditionnellement en Chine, le viol (qiangjian) est conçu comme une des formes de la catégorie plus large des comportements sexuels illicites (jian), i-compris des rapports sexuels illicites consensuels (hejian) comme l’adultère (tongjian). Cet amalgame latent entre viol et adultère se faisant bien sûr au détriment des victimes de violences et, comme nous le verrons, d’autant plus dès lors que la défense de la chasteté aura été érigée en principe d’État.

Dans le Code Tang, le code pénal promulgué en 653 par la dynastie du même nom, acte fondateur de la tradition juridique chinoise, qui a servi de modèle pour toutes les dynasties ultérieures et dont la philosophie continue, de nos jours, à influencer la loi pénale, les peines sont définies selon le crime commis et la position sociale du coupable et de la victime. Ainsi pour le viol, comme le note Matthew Sommer dans Sex, Law,Society and Culture in Late Imperial China (Chapitre 3 The Evolution of Rape Law: Female Chastity and the Threat of the Outside Male) :  « Dans les statuts de la dynastie Tang, ce sont les infractions impliquant des femmes « libres » qui comptent réellement, particulièrement si l’agresseur est membre des nombreuses catégories de personnes d’un rang inférieur ou non libre. A cette époque, la loi soulignait les nettes différentiations de rang plutôt que la vertu. »

Cette primauté du rang est soulignée par le fait que la coercition qui caractérise le viol n’entraîne, pour l’agresseur, qu’une aggravation très relative de la peine en comparaison à un relation consentie. Sommer en déduit : « Quand on considère l’échelle des punitions contre les rapports sexuels illicites dans le code Tang, on peut déduire quel type de violeurs les législateurs Tang craignaient le plus. La peine la plus sévère était la décapitation ; à part pour quelques cas spectaculaires d’inceste, celle-ci était réservée aux hommes esclaves ou « demi-esclaves » qui utilisaient la force pour avoir un rapport sexuel avec une femme de l’entourage immédiat de leur maître. Cet homme dangereux était un outsider en terme de rang, de classe et de sang, il représentait néanmoins une figure familière, un membre de la vaste force de travail attachée à chaque famille de l’élite à cette époque. La priorité accordée à ce type de scénario reflète l’anxiété d’une aristocratie quant à sa capacité à se soumettre ses propres esclaves et suggère des comparaisons avec la paranoïa des propriétaires d’esclaves américains au sujet des viols de femmes blanches par les hommes noirs : dans les deux systèmes, le pire scénario était celui d’une inversion de l’état des choses (dans lequel les maîtres bénéficiaient du libre usage sexuel de leurs femmes esclaves) et reflétait le sentiment d’insécurité de l’élite concernant la possibilité d’une rébellion de classe. De fait, une des priorités du code Tang est le contrôle du travail servile ou semi-servile. »

La réforme Qing

La législation sur le viol ne semble pas avoir fondamentalement changée jusqu’à l’avènement de la dynastie mandchoue des Qing (1644-1911) et la proclamation du code Qing. Si ce dernier conserve les lois du code Ming (qui le précédait et continuait le code Tang) sur les crimes sexuels, il modifie toutefois celle qui porte sur le viol. Comme le résume Vivien W. Ng dans son article « Ideology and Sexuality : Rape Laws in Qing China » : « D’un trait, le gouvernement Qing a rendu très difficile pour les femmes de prouver qu’elles étaient victimes de viol. Pour que le viol soit établi de façon irréfutable, la victime devait fournir la preuve qu’elle avait lutté contre son agresseur pendant la totalité de son calvaire. Ces preuves incluaient 1) des témoins, qui avaient soit vu soit entendu la victime appeler à l’aide 2) des hématomes et des lacérations sur son corps 3) des vêtements déchirés. De surcroît, si la violence avait été utilisée au préalable mais que, par la suite la femme avait cessé de résister, le cas n’était plus considéré comme un viol mais comme un rapport sexuel illicite, situation dans laquelle la femme devait être punie également. La charge de la preuve reposait donc avant tout sur la victime et c’était en effet un lourd fardeau. Du fait de l’extrême précision des preuves demandées par la loi et du principe sous-jacent que la femme pouvait finir par donner son consentement au cours d’une agression sexuelle, rien à part la mort ou de très sérieuses blessures ne permettait à la victime d’établir le viol. » La loi module par ailleurs les punitions selon le statut de la femme, les rendant plus sévères si celle-ci est mariée et indiquant par là que la violation du droit de propriété sexuelle du mari comptait plus que la virginité par exemple, qui a longtemps été importante dans les lois sur le viol en Occident.

Vivien W. Ng explique ce durcissement de la législation sur le viol par la nécessité pour des mandchous juste arrivés au pouvoir de pacifier le pays et de se gagner les faveurs de la classe des lettrés : « A cette fin, les mandchous se présentèrent comme les restaurateurs et les gardiens du Néo-confucianisme, qui était devenu l’idéologie d’État sous les Ming et qui mettait l’accent, entre autre, sur l’obéissance à l’autorité, la loyauté aux supérieurs et la chasteté pour les femmes. »

Pour Sommer, dans le livre précédemment cité, « La chasteté féminine et la pénétration (par un « pénis illégitime » NDT) ont toujours eu de l’importance mais tous deux ont compté encore plus quand les rôles familiaux et de genre ont commencé à supplanter les distinctions de rang dans les investigations juridiques. Au XVIII ème la distinction primordiale pour les juristes n’était plus entre la femme libre et la femme non libre mais entre la femme chaste et celle qui en l’était pas. Le violeur typique était toujours vu comme un mâle extérieur qui menaçait de polluer la lignée familiale mais son identité avait changé avec le temps. Le vieux stéréotype de l’esclave attaquant la femme de son maître avait laissé la place au prédateur solitaire situé hors du système familial. Dans ce nouveau stéréotype, la distinction principale pour les juristes n’était pas entre le maître aristocratique et le travailleur mais entre le maître de maison et le gredin sans attaches.

L’accent mis sur la chasteté féminine implique que les choix sexuels individuels de la femme paysanne avaient une grande importance pour l’État impérial. Au travers de la loi et d’initiatives de propagande, l’État Qing cherchait à mobiliser la puissance d’agir et de s’affirmer des femmes pour la cause de la défense d’un ordre normatif familial. Cette priorité reflète à la fois la conscience et l’inquiétude croissante quant aux nombres de gens qui ne se conformaient pas à cet ordre et à la variété de stratégie de survie impliquant parfois des crimes sexuels. » Ce passage d’un stéréotype basé sur une distinction de rang à un stéréotype fondé sur une distinction morale correspondant donc à la crise démographique et économique traversée à l’époque par la Chine, qui avait mise sur les routes de nombreux hommes pauvres condamnés à ne jamais pouvoir trouver de femme, du fait du déficit démographique et du recours massif au concubinage chez les plus riches.

La promotion de la chasteté de la femme mariée mais aussi de la veuve, dont témoigne cette loi sur le viol. est un des sujets récurrents concernant la dernière période impériale. Elle était effectivement activement prônée par l’État, au moyen notamment de tout un système honorifique et commémoratif  (voir Female Virtue and the State in China de M.Elvin). Il s’agissait bien sûr de réaffirmer le lien ombilical entre l’ordre familial et l’ordre impérial via la piété filiale qui est à la base de la pensée confucéenne mais aussi de garantir la pérennité du système patrilinéaire de succession, dans lequel la « chasteté » des femmes est primordiale. Cette importance accordée à la chasteté et à sa défense, jusqu’à la mort que ce soit face à un violeur ou par le suicide après la mort du mari, étant un des traits marquants de la réaction néo-confucéenne qui a débuté dès avant la domination mandchoue.

Or cette réaction néo-confucéenne était elle-même le signe de plusieurs changements profonds. Tout d’abord une restructuration de la production domestique et de sa division du travail incarnée par le fameux proverbe nángēngnǚzhì « les hommes labourent, les femmes tissent » avec la fin progressive, suite notamment à la substitution du coton à la soie, de l’activité textile des femmes, dont a découlé un plus grand repli sur la sphère privé (nous y reviendrons bientôt dans une note de lecture sur le livre de Francesca Bray Technology and Gender). Et dans le même mouvement l’essor de formes de capitalisme marchand qui sont venues mettre à mal l’économie tributaire traditionnelle dans laquelle la production textile des femmes servait justement à payer les impôts. Hill Gates dans son important article« The commoditization of Chinese Women » replace le culte de la chasteté et ses avatars, des pieds bandés aux lois sur le viol, dans le cadre de l’affrontement entre ces deux modes de production, « proto-capitaliste » et « tributaire ». Le retour à l’ordre moral agissant certes d’un côté comme un frein au développement capitaliste mais la « marchandisation » des femmes devenant le moyen d’assurer l’équilibre entre ces modes de production. Ainsi, tandis que d’un côté la préservation de l’ordre familial patrilinéaire comme « microcosme économique, politique et social de l’univers chinois a transformé les femmes en source de pouvoir, de richesse et de supériorité sociale pour l’homme », leur caractère «  aisément aliénable par le mariage ou l’adoption à l’extérieur, la vente ou l’infanticide » permettait d’un autre côté d’ajuster le rapport capital-travail dans les entreprises familiales naissantes. Bref « Leur polyvalence comme humain et comme femme, comme familière et étrangère, personne et marchandise permettait une grande flexibilité dans l’accumulation du capital familial et produisait dans le même temps pour les hommes la récompense émotionnelle ambiguë d’une transcendance dépassant les classes. » Les lois sur le viol participaient donc, au croisement de l’ordre moral et de la valeur d’échange, de ce compromis néo-patriarcal.

«Les barbares aux longs pieds » du « Royaume céleste de la grande Paix »  Les femmes dans la rébellion Taiping

Le grand soulèvement millénariste dit des « Taiping » qui secoua la Chine de 1850 à 1863 et dont la répression fit, selon certaines estimations, près de 20 millions de morts, a constitué un jalon non négligeable dans l’histoire des luttes d’émancipation des femmes en Chine. Nous donnons ici un aperçu de quelques uns de ces aspects.

Les Hakka

Le mouvement naquit dans un village du Guangxi à l’instigation de Hong Xiuquan qui affirma avoir eu la révélation en rêve qu’il était le frère cadet de Jesus et qu’il devait libérer la Chine de l’oppression mandchoue et occidentale. Hong, ainsi que la plupart des dirigeants et plus généralement des participants à l’insurrection, était un Hakka, des chinois Han arrivés dans sud suite à diverses migrations successives depuis le Henan, le Shandong et le Hubei. Ces « migrants » avaient du finalement s’installer sur des terres montagneuses et peu fertiles. De ce fait les hommes furent obligés d’aller chercher du travail à l’extérieur, laissant les femmes cultiver la terre. Comme le décrit Ono Kazuko dans Chinese Woman in a Century of Revolution : «  Dans ces familles ne possédant presque rien, les hommes n’avaient aucune raison de dominer les femmes, et, de même, les femmes n’avaient aucune raison de dépendre des hommes. Les femmes Hakka n’avaient pas non plus les pieds bandés, le symbole de la « femme cultivé ». Avec leurs pieds nus, elles consacraient leurs journées au dur labeur agricole, parfois avec les hommes, parfois à leur place quand ces derniers partaient chercher du travail loin de leurs villages. » Ces femmes étaient notamment connues pour leurs chansons d’amour, parfois dialoguées entre hommes et femmes, qui pouvaient durer plus d’une heure et dont Kazuko dit : « Le grand nombre chansons passionnées des Hakka suggèrent que les relations entre les hommes et les femmes qui travaillaient dans les collines étaient extrêmement naturelles et ouvertes. Ayant atteint un statut égal aux hommes par leur participation au travail, les femmes Hakka n’étaient pas contraintes par les normes confucéennes traditionnelles et pouvaient résolument exprimer leur amour. »

Au-delà de l’insurrection Taiping, les Hakka ont joué un rôle majeur dans toute l’histoire moderne de la Chine comme le rappelle Mary S. Erbaugh dans son article « The Secret History of the Hakkas:The Chinese Revolution as a Hakka Enterprise » : « La révolution socialiste s’est bien accordée avec la tradition Hakka de contestation militante, si bien que 3% de la population du continent a eu trois plus de probabilité que les autres Han de parvenir à de hauts postes de direction. Six des neuf bases de guérilla « soviétiques »  se trouvaient dans des territoires Hakka, la route de la longue marche passait de villages Hakka en villages Hakka. En 1984, la moitié des membres du comité permanent du politburo étaient des Hakka et la République Populaire et Singapour avaient tous deux des leaders Hakka, Deng Xiaoping et Lee Kwan Yew qui furent rejoint par un autre Hakka, Lee-Teng-Hui qui prit la tête de Taiwan en 1988.(…) La solidarité Hakka souligne comment un sous-groupe ethnique peut prendre une grande importance si l’opportunité historique se présente. Au début du XX ème siècle, la pauvreté Hakka faisait de la réforme agraire un objectif pour lequel il valait la peine de se battre et ce, au moment précis où les activistes socialistes avaient désespérément besoin des forces traditionnelles Hakka : la mobilité, l’habileté militaire, des femmes fortes et un langage commun (le Hakka) utile stratégiquement. » Erbaugh fait bien sûr le parallèle, toutes proportions gardées, avec le rôle joué par les juifs dans les mouvements révolutionnaires d’Europe centrale et de Russie.

Le statut des femmes Hakka constituait bien sûr un facteur important : « Les femmes Hakka s’adaptèrent à leurs difficiles conditions d’existence grâce à leur force physique et leur indépendance. A l’exception de quelques membres des classes supérieures, elles n’avaient jamais bandé leurs pieds. Les femmes gardaient traditionnellement des réserves importantes d’argent tirées de leur dot, allaitaient elles-mêmes leurs enfants et travaillaient à l’extérieur pour gagner de l’argent. (…) La tradition Hakka encourageait fortement la monogamie et décourageait la vente des filles, le recours aux concubines et la prostitution. La pauvreté forçait souvent les hommes a partir au loin, les femmes labouraient donc souvent leur champ et géraient l’argent du ménage. L’indépendance des femmes favorisait également une relative liberté dans les rapports entre les sexes comme l’illustre les chants d’amour. » (Erbaugh) Nous allons voir que ces traditions Hakka n’ont pas manqué de se refléter dans la pratique des Taiping.

La révolution Taiping

L’idéologie millénariste qui animait le soulèvement était un mélange pour le moins détonnant d’influences protestantes et de conceptions traditionnelles chinoises (« le terme de Grande Paix, Tai-ping, évoque un vieux thème politico-religieux chinois, un rêve très ancien » J. Chesneaux) mais aussi d’utopies paysannes, de nationalisme anti-mandchou et de velléités modernisatrices, ce qui ne manqua pas de dérouter les contemporains et même un observateur aussi perspicace que Marx. Après la prise de Nankin en 1853, les Taiping entreprirent en tout cas de mettre en œuvre une partie de leur programme « communiste », notamment concernant la libération des femmes.

Augustus F. Lindley qui fut un témoin direct, raconte dans son livre Ti Ping Tien Kwoh : The History of the Ti-ping Revolution : « Durant mes rapports avec les Taiping, si il y a un aspect de leur système et de leur organisation qui m’est apparu le plus admirable, c’est bien la façon dont ils ont amélioré la position des femmes, dont le statut s’est élevé ainsi d’un régime asiatique dégradant à celui d’une nation civilisée. » Il note notamment que les Taiping interdirent le bandage des pieds et que « tous les enfants nés depuis la rébellion avaient des pieds normaux ». Les rebelles n’hésitaient d’ailleurs pas à arracher le bandage aux pieds des femmes dans les villes et régions nouvellement conquises. La prostitution et le recours aux concubines étaient également interdits et l’égalité entre hommes et femmes était proclamée et plus ou moins appliquée dans la répartition des terres, la division du travail et l’éducation.

Femmes au combat…

Dès le début du soulèvement, la présence des femmes au combat fut importante et ne passa pas inaperçu comme le relate Ono Kazuko qui cite la description donnée par un partisan de l’empire : « Parmi ces bandits, il y a des femmes soldats, toutes sont des proches des rois Taiping. Venant de minorités misérables telle les Yao et les Zhuang, elles ont grandi dans les caves et se promènent pieds nus et avec des turbans sur la tête. Elles peuvent escalader des falaises abruptes avec aisance et leur courage surpasse celui des hommes. Sur le champ de bataille elles portent des armes et se battent en première ligne. Les troupes gouvernementales ont été défaites par de telles adversaires dans les récentes batailles. » Kazuko poursuit la description : « Puisqu’elles étaient si actives elles préféraient porter des pantalons plutôt que des jupes. Leur apparence singulière – de grands pieds, des turbans rouges sur la tête et des pantalons- amenait probablement les personnes « civilisées » de l’empire chinois à les regarder comme une race inférieure largement étrangère aux Han chinois, une race situé entre le singe et l’homme sur l’échelle de l’évolution. Mais c’est précisément ces femmes qui se battaient encore plus courageusement que les hommes. Les Taiping virent ainsi émerger plusieurs femmes générales. » Les autorités ne s’y trompèrent pas qui prônaient une répression impitoyable contre ces femmes combattantes, tel cet espion Qing envoyant son rapport depuis Nankin «  Dès que nous aurons repris la ville, tous les femmes du Guangxi devront être exécutées. Nous ne devrons montrer aucune pitié et aucune indulgence envers elles. Car elles ont été aussi courageuses et féroces que les soldats hommes qui ont défendu la ville. » Les unités de femmes furent toutefois peu à peu de plus en plus affectées aux grands travaux, du fait notamment qu’elles devaient intégrer dans leurs rangs de nombreuses femmes aux pieds bandés, souvent inaptes au combat.

…et puritanisme

La particularité de l’armée Taiping c’est en effet qu’elle fut dés le départ organisée sur une séparation stricte des sexes. Comme l’explique Franz Michael dans The Taiping Rebellion. History and Documents : « En plus d’organiser leurs partisans selon les règles militaires, les leaders Taiping séparèrent les hommes et les femmes en différentes unités. Les femmes étaient organisées dans le même type d’unité, sous les ordres de leurs propres officiers qui avaient les mêmes titres que leurs homologues masculins. Les unités pour hommes et les unités pour femmes se trouvaient dans des camps séparés et aucun contact n’étaient permis. La mise en place de cette séparation entre les sexes était d’une importance évidente pour maintenir la discipline dans une force mobile. Cette mesure fut toutefois établie sur la base de la doctrine religieuse. Les hommes et les femmes étaient des frères et sœurs, les relations sexuels constituaient un péché et la chasteté était un commandement de Dieu. Même les couples mariés n’avaient pas le droit d’avoir des relations sexuelles. Ceux qui désobéissaient étaient décapités. »

Cette interdiction fut étendue pendant un temps aux villes tenues par l’insurrection, où hommes et femmes devaient vivre dans des communautés séparées et où même les couples mariés n’avaient pas le droit de vivre ensemble ou d’avoir des relations sexuelles. Un système de contrôle très strict fut mis en place comme le retrace Lindley : « Chaque femme du royaume Taiping devait soit être mariée, membre d’une famille ou être logée dans une des institutions pour les femmes sans protection qui existaient dans les principales villes et étaient supervisées par des administrateurs spécialisés ; les femmes seules n’étaient pas autorisées sur le territoire autrement. Cette loi visait à prévenir la prostitution, qui était punie de mort, et a été remarquablement efficace puisque le phénomène avait totalement disparu des villes contrôlées par les Taiping. » Dans son article Taiping Pipe Dreams: Women’s Roles in the Taiping Rebellion, Adrienne Johnson rapporte que « les Taiping n’étaient pas à peine arrivés dans une ville qu’ils construisaient ce type de refuges pour jeunes femmes. Ces maisons étaient réservées uniquement aux femmes et ce principe était maintenu avec la plus grande sévérité. Les hommes étaient avertis de ne pas pénétrer dans ces maisons par de nombreux panneaux comme celui-ci qui disait «  Cet endroit pour les jeunes filles est sacré ; quiconque à l’audace de franchir ce seuil avec de mauvaises intentions sera décapité. » L’obsession de la monogamie et plus encore de la chasteté ne s’appliquait toutefois pas aux hauts dirigeants puisque Hong Xiuquan disposait quant à lui d’un harem de 36 femmes et que des épouses étaient régulièrement offertes aux combattants les plus valeureux. Cette ségrégation prit en tout cas fin dans les villes en mars 1855, quand protestations et désertions indiquèrent aux dirigeants Taiping les limites de ce puritanisme qui fit probablement beaucoup pour le succès militaire initial mais aussi le déclin ultérieur du soulèvement.

 

Addenda à « He-Yin Zhen , éléments biographiques »

Peu après réception des livres imprimés, le préfacier du livre et historien du mouvement anarchiste chinois, Jean Jacques Gandini nous a demandé des précisions sur notre citation un peu lapidaire de Ono Kazuko qui, dans une note de son ouvrage Chinese Women in a Century of Revolution, mentionne que « Liu Shipei et sa femme He Zhen furent achetés par le gouvernement mandchou, devinrent espions et trahirent la révolution ».

Nous avons effectivement un peu abruptement (mais avec des pincettes), cité Ono Kazuko alors que nous n’ignorions pas que, quoique son livre Chinese Women in a Century of Revolution soit, à notre humble avis, indispensable pour quiconque s’intéresse à l’histoire moderne des femmes en Chine, elle était également une maoïste illuminée probablement intéressée donc à calomnier les anarchistes.

Cette petite maladresse va toutefois nous permettre de faire le point sur ce qu’on sait de la fin de parcours de He Yin Zhen et de son mari Liu Shipei.

Dans le seul livre presque entièrement consacré à He Yin Zhen paru à ce jour, The Birth of Chinese Feminism (édité par Lydia H. Liu, Rebecca E. Karl et Dorothy Ko), les auteurs indiquent dans la courte notice biographique : 

« La dispute du couple avec le fameux lettré Zhang Taiyan et d’autres révolutionnaires nationalistes en 1908 qui les accusaient de collusion avec le régime Mandchou mena à leur ostracisme après le renversement de la dynastie des Qing en 1911. Suite à la mort de son mari en 1919, à l’age de trente cinq ans, He Yin Zhen serait, selon les rumeurs, rentrée dans un ordre de nonnes bouddhistes et aurait été ordonnée sous le nom de Xiao QI; d’autres hypothèses avancent qu’elle serait morte de chagrin et à cause de troubles psychiques peu de temps après. Personne n’a trouvé d’informations fiables sur la fin de sa vie. »

Les auteurs ne donnent en l’occurrence aucunes références à l’appui des deux hypothèses (pas très glorieuses non plus, soit dit en passant) que nous n’avons croisé nulle part ailleurs dans la littérature à ce sujet, mais passent pour le moins rapidement sur la « collusion » avec le régime mandchou.

En effet, si on considère les destins de He Yin Zhen et de Liu Shipei comme indissociables jusqu’à la mort de ce dernier, ce que rien ne semble démentir, alors il faut reconnaître qu’il y a eu un tournant radical dans la vie de ces deux personnages en 1908-1909, après que leur journal Tianyi ait cessé de paraître et qu’ils soient rentrés en Chine.

Comme le résume le chercheur français Wang Xiaoling dans son article Liu Shipei et son concept de contrat social chinois :

«  S’éloignant de plus en plus de ses amis et de ses collègues de la Ligue jurée ( Tongmenghui), après des querelles avec Zhang Binglin (autre nom de Zhang Taiyan), Tao Chengzhang, etc., Liu Shipei changea brusquement d’attitude politique, il finit par trahir ses camarades révolutionnaires en devenant secrétaire particulier de Duanfang (1861-1911), gouverneur du Jiangnan et du Jiangxi.

Au cours de la troisième période, qui s’étend de 1908 à 1919, Liu passa les deux dernières années du régime impérial au service des autorités mandchoues, puis auprès du gouvernement de Yuan Shikai. Il fut l’un des six membres de la Société du projet de paix (Chou’an hui), qui lança officiellement en 1915 la campagne pour couronner Yuan Shikai empereur. Après la mort de ce dernier en 1916, Liu se retira à Tianjin. Sur l’invitation de Cai Yuanpei, le doyen de l’Université de Pékin, Liu rejoignit cette faculté en 1917 et y resta jusqu’à la fin de sa vie. Il mourut de tuberculose en 1919 à l’âge de 35 ans .

Durant la dernière décennie de sa vie (1909-1919), il prend le contrepied de tout ce qu’il a défendu auparavant en soutenant le régime monarchique et la restauration du passé.

Si le changement d’attitude politique de Liu Shipei, du révolutionnaire au réactionnaire, nous paraît brutal et incohérent, une chose chez lui ne semble pas avoir vraiment changé, c’est son attachement profond à la culture chinoise : il n’a cessé de militer pour préserver l’essence nationale (guocui). »

Si, tous les auteurs s’accordent sur la dernière partie de la vie de Liu Shipei (où He Zhen n’est jamais mentionnée, ce qui oblige à relativiser sa participation éventuelle à telle ou telle action prêtée à Liu Shipei), des divergences persistent sur les modalités de son changement de cap et l’ampleur de sa trahison.

Arif Dirlik dans son classique Anarchism in the Chinese Revolution indique brièvement : « Après son retour en Chine en 1908, Liu Shipei servit apparemment d’agent provocateur pour la monarchie et devint après 1911, l’un des figures conservatrices les plus importantes de Chine. »

Dans un autre classique, The Chinese Anarchist Movement, Robert Scalapino and George T. Yu donnent une version plus détaillée :

« En 1908, Liu Shipei rompit avec Zhang Binglin, et la même année, les journaux anarchistes reçurent l’ordre de cesser leur publication. Liu et sa femme retournèrent à Shanghai. On apprit bientôt qu’ils servaient d’informateurs à la police et étaient entrés au service de l’officiel mandchou Duanfang.  Liu informa la police de la concession internationale de Shanghai de la tenue d’un meeting secret du Tongmenghui, ce qui entraina l’arrestation d’un militant. Les pressions ou conditions précises qui menèrent à ce tournant ne sont pas claires. Selon la rumeur, He Zhen fut impliquée dans un projet d’assasinat (Wang Kung-ch’a) et un accord fut peut-être passé pour la sauver. »

Mr Gandini nous a fait remarquer à ce sujet : « Cette thèse d’un complot d’assassinat, même s’il est bien précisé qu’il s’agit d’une « rumeur », est en soi tout à fait plausible puisque c’est pratiquement à la même date (1906) que la principale figure de l’anarchisme de cette époque, à savoir Liu Shifu, est l’auteur d’un attentat contre le commandant des forces navales de Canton qui lui coûte sa main gauche. Le « terrorisme » prôné par les narodnikis russes fait en effet des émules à cette époque chez certains anarchistes (‘Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier international : la Chine’ 1985 p. 422). Passer « un marché » dans ces conditions n’a pas la même connotation que celle de « traître » ou de « vendu »… »

Pour Scalapino et Yu, le revirement de Liu Shipei s’expliquerait aussi par son positionnement théorique antérieur : «  Liu avait probablement toujours été plus proche du traditionalisme chinois que la plupart de ses camarades. Nous avons noté son usage extensif de la pensée traditionnelle pour justifier l’anarchisme. Et cela illustre un point très important. Tant que le traditionalisme chinois était sélectivement enrôlé au service du radicalisme occidental, tant que le radicalisme pouvait être soutenu par des références au passé chinois, la pendule politique pour certains radicaux pouvait toujours, sous certaines conditions, repartir en arrière, les faisant revenir à l’orthodoxie. La force persistante du traditionalisme chinois ne s’est jamais aussi bien illustrée que dans ces circonstances. »

On trouve au bout du compte le résumé le plus complet de cette évolution de Liu Shipei dans le livre de Peter Zarrow Anarchism and Chinese Political Culture :

« Liu resta moins de deux ans au Japon, retournant en Chine et trahissant la révolution en se mettant au service du gouverneur général mandchou Duanfang à l’hiver 1908. Duanfang, qui avait servi de gouverneur général au Hunan, Hubei et Jiangxi, était un membre de l’élite gouvernementale enclin à la réforme, mais qui pourchassait néanmoins sans pitié les révolutionnaires. Cai Yuanpei blâma He Zhen pour avoir fomenté les querelles entre Liu et Zhang Binglin qui menèrent à la défection de Liu, mais on ne sait pas sur quoi il s’appuie pour avancer cette hypothèse. Cai n’explique pas plus pourquoi une querelle avec Zhang pouvait mener Liu à abandonner toute lutte anti-mandchou. Feng Ziyou, qui était plus proche du Tongmenghui, suggère fortement que Duanfang soudoya He Zhen et Wang Gongquan pour qu’ils incitent Liu a quitter le Tongmenghui avec l’excuse que l’organisation avait rejeté les efforts de réorganisation proposés par Liu. Il semble plus sûr de dire que Liu était désabusé par le comportement de ses camarades et dégouté par les luttes fratricides et ce qu’il percevait comme de l’égoïsme et de la corruption. Il considéra que les « principes universels » n’étaient pas mis en pratique à Tokyo.

Apparemment certains révolutionnaires durent fuir Shanghai à cause des informations que Liu donna à Duanfang, mais le plus grand mal que Liu fit à la cause révolutionnaire ne réside probablement pas dans telle ou telle information spécifique qu’il fut en mesure de donner à Duanfang, mais dans l’effet sur les révolutionnaires de voir un jeune aussi vaillant abandonner le mouvement. Par cet acte, Liu ajoutait au grand désarroi qui régnait parmi les révolutionnaires. »

La revanche des femmes

Nous publions ici la partie de l’article La revanche des femmes non reproduite dans notre livre.  Traduction de Pascale Vacher.

LA REVANCHE DES FEMMES – page 681

Hélas, les trois formes d’autocratie imposée aux femmes par les hommes que nous avons décrites montrent clairement que les femmes sont piétinées depuis longtemps. Elles ont été tellement méprisées qu’on leur a volé tous leurs droits. Les trois principaux sont le droit de porter les armes et de commander les armées, le droit d’exercer un pouvoir politique et celui d’être éduquées.

Lors de la guerre contre les Xiongnu, le général Han, Li Ling (74 avant J.C.) se demandait : « Comment se fait-il que les hommes soient si médiocres et le battement du tambour si faible ? N’y aurait-il pas des femmes qui se cacheraient dans mon armée ? » Après les avoir traquées, le général leur coupa la tête avec son épée. Faisant allusion à cet incident, le poète des Tang, Du Fu (712-770) écrivit : « En abritant des femmes dans leur camp, l’esprit des soldats se dégrada. » Ce genre de raisonnement s’enracina dans les esprits, et les femmes n’eurent plus leur place dans les armées. Ainsi lorsque Mulan prit la place de son père malade, elle dut se travestir en homme comme cela est écrit dans ce poème : « Compagnon sur le champ de bataille pendant douze années, sans savoir que c’était une fille. » Qu’une femme ait dû se déguiser en homme, cela ne prouve-t-il pas que la présence de femmes au sein l’armée violait un tabou ? C’est la preuve indéniable que les femmes ne jouissaient pas du droit de porter les armes ou de commander une armée. Même chose en ce qui concerne le pouvoir politique, les lettrés confucéens Han affirmèrent catégoriquement : « Les femmes n’ont rien à faire dans les affaires extérieures ». Développant cette injonction, « La préface des Chroniques des Impératrices » de l’Histoire des Han postérieurs explique : « Au cours des événements récents, lorsque l’empereur était jeune et craignait la trahison, il ne nommait jamais de femmes pour prendre de décisions capitales pour l’État. Ce n’est qu’à partir de l’Impératrice douairière Xuan de Qin (302-266 avant J.C.) de la période des Royaumes combattants que les femmes ont pu devenir régentes. Sous son règne (son demi-frère), le Marquis de Rang exerçait plus de pouvoir que le Roi Zhao ; sa famille possédait plus de richesses que le pays. La dynastie Han poursuivit cette pratique, tout en sachant très bien qu’il s’agissait d’une erreur. La lignée impériale dans la capitale orientale fut en particulier brisée à plusieurs reprises, et le pouvoir tomba aux mains de femmes dirigeantes. Quatre empereurs venant de l’extérieur furent installés sur le trône, six impératrices régnèrent comme régentes. Elles prenaient les décisions derrière le rideau et confiaient les affaires de l’État à leurs pères et leurs frères. Elles privilégiaient les enfants sur le trône pour prolonger leur règne et supprimer les ministres compétents afin de rester incontestées. » Nous pouvons en déduire que les impératrices n’étaient pas censées tenir les rênes du pouvoir. La clique des lettrés confucéens des Han comme Gu Yong et Du Gen considéraient l’attaque des calamités naturelles comme des présages d’usurpation du pouvoir par les femmes. Les générations postérieures ont considéré ainsi les précédentes impératrices des Tang, Hu, Wu et Wei, et parlaient des femmes prenant le pouvoir comme l’arrivée d’un désastre semblable à une inondation ou à des hordes de barbares. De façon certaine, une femme qui s’était donné le titre d’empereur (comme l’Impératrice Wu) était condamnée. Mais le plus surprenant était que même les femmes désignées impératrices, n’avaient pas le droit d’exercer le pouvoir. Comment celles qui n’étaient pas impératrices auraient-elles jamais pu rêver d’y arriver ? Cela est une preuve convaincante que les femmes étaient privées du droit d’accéder au pouvoir politique.

Comme dans le domaine du droit à l’éducation, dans le passé, l’éducation des femmes était formée de quatre éléments : « la vertu féminine, le langage de la femme, le comportement de la femme et le travail de la femme. Des enseignants et des instructeurs devaient donner des cours aussi bien aux filles non-mariées qu’aux épouses. Mais ce qu’elles apprenaient n’était rien d’autre que des questions d’étiquettes et de rites pour se perfectionner dans le service aux autres. Les femmes n’ont jamais reçu d’éducation à l’égal des hommes. Dans sa biographie officielle de l’Histoire des Hans postérieurs, on lit que l’impératrice Deng : « A six ans, elle était à l’aise dans les histoires ; à douze, elle maîtrisait le Canon des poèmes et les Analectes. Lorsque son frère aîné étudiait les classiques et les biographies, elle lui posait des questions en privé. Son esprit se fixait sur les classiques et autres livres ; elle n’était pas du tout intéressée par les affaires domestiques. Sa mère la réprimandait souvent : « Pourquoi je ne te vois pas faire des travaux d’aiguilles pour fournir à la famille les habits dont elle a besoin ? Crois-tu vraiment qu’en étudiant, tu pourras devenir une lettrée érudite ? » Cela ne montre-t-il pas qu’à cette époque, les pères et les mères considéraient une fille éduquée comme tabou ? Depuis, des générations de parents ont soutenu cette ligne (de pensée). Lorsqu’une fille montrait des talents, ils considéraient que c’était une malédiction et s’en inquiétaient. Si bien que l’absence total de talent devint même un signe sûr de vertu pour une femme. Cette équation à son tour justifia le refus du chemin des études pour les femmes. N’est-ce pas la preuve tangible qu’elles étaient privées du droit à l’éducation ? Comme les femmes n’avaient pas le droit d’étudier, celles qui avaient réussi à le faire avaient tendance à tirer une fierté excessive de leurs connaissances, et se comportaient avec négligence. En particulier, celles qui avaient appris à composer de simples poèmes à cinq pieds se vantaient de ce talent mineur. Au lieu d’essayer de progresser, elles s’obstinaient à suivre leur propre instinct concernant le vrai et le faux. De même, comme les femmes ne jouissaient pas du pouvoir politique, quand elles réussissaient à s’en saisir, elles s’autorisaient à en abuser en se livrant à la débauche et en nommant les membres de leur famille, déclenchant des catastrophes dans leur pays, le conduisant même à sa perte. Les hommes qui étaient portés au pouvoir par ces femmes, ne valaient pas mieux. Se livrant au luxe, au sexe et autres abus, ils finissaient en s’exposant à la honte de l’histoire. De même, les femmes n’ayant pas droit au pouvoir militaire, lorsqu’elles s’en étaient emparées, déchaînaient la cruauté dans le monde, massacrant des innocents à volonté pour attiser leurs flammes toxiques. Les rares femmes qui ont commandé les armées, ont été particulièrement violentes envers le peuple.

Pourquoi ces femmes exceptionnelles qui se sont élevées au-dessus de leur condition ont-elles fini en entraînant tant de désastres et de souffrances ? Nous devons être conscientes que parmi des dizaines de milliers de femmes, seules une ou deux ont eu accès à l’éducation. Il n’est pas étonnant qu’elles se soient considérées comme trop exceptionnelles pour se plier aux exigences normales de la discipline. De même, les femmes qui se sont emparées du pouvoir politique ou militaire étaient si rares (uniques), que cela est arrivé seulement une ou deux fois en quelques milliers d’années. Se considérant hors du commun, elles n’ont jamais craint de tourner le dos (à l’attitude civilisée) dans la conduite des affaires. Même si ces femmes sont individuellement à blâmer, nous devons aussi admettre que les hommes ont porté atteinte à leurs droits et les ont privées de leur part légitime. En conséquence, les rares femmes qui ont réussi à gagner le pouvoir ne trouvaient pas leur situation naturelle. Il n’est pas étonnant qu’elles aient eu tendance à dépasser les limites et à abuser du pouvoir qui était entre leurs mains.

Ne voulant reconnaître ce fait, beaucoup de critiques ont accusé les femmes d’être par nature méchantes et cruelles. Ils ont souligné que les conséquences apparentes néfastes venaient des femmes éduquées, puissantes ou aux commandes de l’armée, pour les écarter de ces domaines. Au lieu d’analyser la cause principale de la situation, la seule solution de ces critiques fut de contrôler jalousement leurs allées et venues. Même parmi les femmes, beaucoup considèrent qu’étudier, exercer le pouvoir politique et contrôler le pouvoir militaire étaient des farces honteuses. Cette situation contredit non seulement le principe de l’égalité entre les êtres humains mais elle est en plus préjudiciable à la vie des femmes. Comment ? Privées de leur droit à l’éducation, les femmes sont devenues de plus en plus ignorantes ; privées d’accéder au pouvoir politique, les femmes ont été de plus en plus rabaissées, privées du droit de porter des armes, elles sont devenues de plus en plus faibles. L’ignorance empêche les femmes d’établir leur indépendance ; la déchéance empêche les femmes de se développer et de s’exprimer ; la faiblesse empêche les femmes de se défendre. Ne pouvant devenir indépendantes, un nombre plus important de femmes sont mortes de faim ; ne pouvant s’exprimer, de plus en plus de femmes sont mortes de dépression ; ne pouvant se défendre elles-mêmes, d’innombrables femmes ont été enlevées et assassinées. M’est-il possible d’aller jusqu’à suggérer que dans ce sens, chaque homme dans le passé et dans le présent a contribué à l’oppression des femmes jusqu’à la mort ? J’ai mentionné jusqu’à présent les méthodes indirectes que les hommes ont utilisées pour nous tuer, nous les femmes. En ce qui concerne les méthodes directes, il y en a six : la mort par la séquestration, par l’humiliation, par les châtiments corporels, par l’enlèvement et par l’abandon et enfin au nom de la loyauté et de la chasteté. Certainement, d’innombrables hommes ont perdu la vie de ces façons, mais leur mort était de nature différente de celle des femmes ainsi que l’explique clairement de tableau :

Décès des Hommes
Mort par séquestration : seulement ceux dont la culpabilité a été prouvée.
Dans la plupart des cas, les hommes étaient responsables de crimes pour lesquels ils recevaient des châtiments
Mort par humiliation : seulement ceux qui n’avaient pas réussi à développer leur personnalité
Mort par punition corporelle : dans la plupart des cas, les hommes étaient responsables des crimes pour lesquels, ils étaient châtiés.
Mort par enlèvement : les enfants et les vieillards seulement
Mort par abandon : les hommes abandonnés par leurs seigneurs gagnaient généralement la sympathie de l’opinion publique
Mort par loyauté et chasteté : par loyauté pour le pays

Décès des femmes

Mort par séquestration : Non restreinte aux prisonnières ; un nombre innombrable de femmes sont mortes au cours de leur réclusion.
Mort par réclusion : quand les femmes meurent d’humiliation, elles sont victimes de violences.
Mort par punition corporelle : dans la majorité des cas, les femmes sont punies par association avec les hommes qui ont commis des crimes
Mort par enlèvement : pas restreinte aux vieilles et aux infirmes

Mort par loyauté et chasteté : loyauté envers des hommes

Cet aperçu démontre largement que les décès des femmes sont très différents de ceux des hommes. Ne s’agit-il pas de la plus tragique réalité pour les femmes ? Permettez-moi d’énumérer les faits de ces morts horribles des femmes à travers les âges et de les montrer en miroir à toutes les femmes.

Les femmes qui ont subi la mort par séquestration. Dans les temps anciens, les hommes d’un niveau élevé pratiquaient la polygamie. Il existait deux pratiques particulièrement offensantes pour la justice universelle : dans l’antiquité, les cousines paternelles devaient servir le même mari ; à une époque plus récente, un empereur pouvait désigner plusieurs impératrices ; plus encore, les seigneurs et les souverains des dynasties successives ont toujours enfermé des femmes dans leur harem. Dès la période des Royaumes combattants, les souverains des six états gardaient des hordes de belles femmes, et se vautraient dans la débauche. Le premier empereur de Qin a rempli le palais d’Epang de belles créatures. Sous les Hans antérieurs, on donnait aux femmes du palais les titres de Meiren, Liangren, Bazi, Qizi, Changshi et Xiaoshi. L’Empereur Wudi ajouta à la liste les Jieyu, Yin’e, Ronghua et Chongyi, en donnant à chacune un titre. Il aurait recruté plusieurs milliers de belles servantes dans son harem. Le chapitre des « Annales des Impératrices » de l’Histoire des Hans postérieurs indique, « En huit mois, la cour envoya les fonctionnaires Zhong Dafu et Yi Tingcheng dans toute la région de la capitale (Luoyang) comme physionomiste pour repérer les servantes des familles respectables. Celles qui avaient entre treize et vingt ans et qui étaient dotées des critères correspondants aux règles de la physionomie, étaient recrutées dans les harems. » Voilà un exemple de la mention explicite dans les histoires officielles de l’institution de recrutement des femmes du peuple dans les harems. La sélection des femmes du peuple pour les harems signifiait que les appartements intérieurs étaient remplis de femmes esseulées. Ainsi, le fonctionnaire des Han postérieurs, Liu Yu, écrivait : « Aujourd’hui, les quartiers intérieurs regorgent de femmes artistes et bouffons, comblées de jouets et de parures. Elles mangent seules dans des pièces vides, épuisant et dispersant l’essence et la vitalité de leur corps et devenant la proie des six maladies. C’est un énorme gaspillage pour le pays. Plus encore, si l’on considère la nature du ciel et de la terre, le yin et le yang doivent être correctement équilibrés. Bloquer ce qui devrait s’écouler (c’est à dire les désirs naturels des femmes) apportent en même temps inondations et sécheresses. Confucius cite le Canon des poèmes qui fait allusion aux femmes accablées par la solitude. A tel point que les (émotions refoulées) d’un homme seul comme Zhou Yin ou une femme seule comme Qishi, étaient des présages, comme l’effondrement d’un mur, le gel et les météores. Si un seul homme ou une seule femme peuvent provoquer des désastres en raison de l’injustice qu’ils ont subi, s’il agit d’un nombre considérable de personnes, pourquoi le ciel ne ressentirait-il la haine collective ? De même, le fonctionnaire Han, Sun Shuang (128-190) a écrit dans son rapport (à l’Empereur Huan de la dynastie Han, en 166) : « J’ai entendu dire que cinq à six mille femmes sont regroupées dans le harem, sans compter les hôtesses et les servantes. Ainsi, d’innocents sujets sont recrutés en vain pour entretenir le harem de femmes inoccupées. A l’extérieur du palais, le peuple est appauvri ; à l’intérieur, la communion du yin et du yang est bloquée. Le qi (énergie vitale) de l’harmonie est perturbé, apportant de nombreuses calamités et d’effrayants présages. Selon l’humble opinion de votre ministre, toutes les femmes qui ne sont pas fiancées selon la cérémonie régulière, ou qui n’ont pas consommé leur union, devraient être relâchées du harem et être accouplées avec d’autres. Cela soulagerait le chagrin causé par la solitude et ramènerait l’harmonie du yin et du yang. » De ces quelques lignes, il est clair qu’une fois sélectionnée pour le harem, une femme était condamnée à un enfermement qui n’était pas différent de l’emprisonnement pénal. Le chagrin passé sous-silence doit avoir détruit de nombreuses vies. Qui d’autre, à part les femmes, est emprisonné sans raison ? Il n’est pas étonnant que les femmes considéraient la sélection pour le harem comme une calamité épouvantable. L’histoire dynastique des Jin relate que l’empereur Wudi avait lancé un appel pour le recrutement du personnel du harem et avait demandé à l’impératrice Yang d’opérer la sélection. Les filles de familles importantes se présentaient vêtues de robes déchirées et sous un aspect décrépit pour éviter qu’on fasse un portrait d’elles. Lorsque la consort Hu fut appelée, elle éclata immédiatement en sanglots. Son entourage lui recommanda de baisser la voix de crainte que l’Empereur ne l’entende. Elle répondit : « Je n’ai pas peur de mourir, pourquoi devrais-je craindre Sa Majesté ? » En fait, être choisie pour le harem n’était pas moins pire que mourir. Il n’est pas étonnant que la princesse ait résisté jusqu’à la mort. L’effroi des filles de bonnes familles qu’on dessine leur portrait suggère qu’être sélectionnée n’était pas différent d’une condamnation à la peine de mort. Pendant la période des Six Dynasties, les souverains de Song et de Qi, lancèrent de larges filets pour recruter dans les harems. Lorsque ce fut le tour de Shubao (553-604), le dernier dirigeant de la dynastie, on rapporte qu’en comptant seulement les beautés, le harem ne comptait pas moins d’un millier de femmes. Durant la dynastie des Tang, le nombre des « favorites du palais intérieur » s’élevait à cinq mille. Comment est-il possible de décompter individuellement les femmes qui moururent d’emprisonnement ?
Les vies des femmes dans les harems étaient souvent mises en danger. Lorsque la dynastie s’effondrait, elles risquaient d’être kidnappées par les soldats en maraude ou violées par les envahisseurs barbares, quand elles ne mouraient pas de faim ou erraient en exil. Plusieurs centaines voire des milliers de femmes des palais furent condamnées à arracher des racines et à attraper des poissons dans les étangs quand la dynastie des Han s’effondra. Toutes finalement moururent de faim. Durant la rébellion de Li Cui, sous les Han orientaux, ses troupes enlevèrent plusieurs milliers de femmes des palais, beaucoup d’entre elles moururent de froid ou se noyèrent. Ainsi lorsque (les femmes étaient) sélectionnées dans les harems, leur vie était aussi précaire qu’un œuf qu’on essaye de faire tenir debout. Et ce, pas seulement en raison de la séquestration. Quel crime avaient-elles commis pour mériter cette calamité ? La tradition de faire le portrait des servantes fut établie par les dynasties fondées par les Han. Plus tardivement, les dynasties étrangères les imitèrent. Le souverain Shi Hu (295-349) des Zhao postérieurs, par exemple, a établi une hiérarchie de vingt-quatre rangs dans le « Palais des Femmes » et une hiérarchie de vingt rangs pour les palais impériaux. Il fut accordé aux seigneurs des neufs rangs et aux princes feudataires dans les provinces, trois mille femmes du peuple âgées de treize à vingt ans. Il se servit de ce prétexte pour enlever neuf mille femmes. Son fils, Shi Xuan, promulgua un décret illégal pour recruter plus de dix mille femmes, parmi lesquelles trois mille résistèrent en se pendant. D’autres exemples de souverains étrangers enrôlant des servantes abondent. Sous le règne de Taizong des Mongols, le fonctionnaire Tuo Han émit une requête proposant d’étendre la sélection de toutes les servantes dans tous les coins de l’empire. Lorsque l’Empereur Shizu accéda au trône, Yelu Zhu signala que l’enrôlement des servantes pouvait conduire à des abus. Pourquoi ne pas donner mandat chaque année aux commanderies d’envoyer trois à examiner (deux seulement pour les petites commanderies). Les parents de celles qui seraient jugées acceptables seraient largement récompensés. » Plus tard, se répandit dans le peuple la rumeur d’un recrutement imminent. Toutes les jeunes filles furent mariées précipitamment.

Même les États tributaires voisins comme la Corée choisissaient des servantes pour les envoyer comme tribut. Les Mandchous envoyèrent aussi des émissaires à Tongzhou, durant le règne Shunzhi, arrêtant les bateaux des gens du peuple pour y cueillir les femmes. Un étudiant, Jikai, protesta. Lorsque le peuple étranger (c’est-à-dire les Mandchous) envahit la Chine, pas moins de plusieurs dizaines de milliers de nos femmes moururent d’avoir été cloîtrées. Cela pourrait être considéré comme une occupation étrangère. Pourtant, les Ming, une dynastie chinoise qui a chassé les barbares mongols Yuan, furent encore plus impitoyables dans le recrutement des servantes. Dans l’Histoire des Ming, on lit que l’empereur fondateur mit en garde ses subalternes au sujet du recrutement de toute femme pour son harem. Il exigea que « les femmes principales, les concubines et les domestiques de l’empereur et des princes soient sélectionnées avec attention parmi les familles roturières de haut niveau.» En d’autres termes, toutes les impératrices et concubines impériales étaient enlevées dans les rangs de la société. Lorsqu’un nouvel empereur accédait au trône, on lançait un nouveau recrutement. Les perturbations que cela déclenchait dans la région autour des deux capitales de Pékin et Nankin étaient particulièrement gênantes. Après la chute des Ming en 1645, le dirigeant loyaliste des Ming du Sud, le Prince Fu, s’installa dans la capitale du Nankin. Il envoya des émissaires tout le pays ; lorsqu’ils trouvaient des familles avec des femmes, ils s’en emparaient sur le champ, semant le désordre dans toute la région. Malheureusement, les femmes qui mouraient de séquestration n’étaient pas les seules victimes des institutions de sélection des femmes après leur installation dans les harems. Les pères et les mères mouraient d’inquiétude. Les voisins mouraient à cause des désordres qui avaient été déclenchés. La capacité de ce système à persécuter les gens jusqu’à la mort surpasse celle des rois tyrans légendaires Jie et Zhou. Les souverains et les seigneurs avaient si peu de considération pour la vie des femmes que leurs ministres et sujets les dédaignaient à leur tour, les contraignant à vivre enfermées jusqu’à la fin de leur vie. Le lettré des Han occidentaux, Gongyu (124-44 avant J.C.) déplorait que dans le royaume, les hommes (puissants) rivalisent pour constituer des harems démesurés — même les seigneurs féodaux avaient des femmes et des concubines dont le nombre atteignait plusieurs centaines ; les riches fonctionnaires et marchands entretenaient de nombreuses chanteuses et artistes. Ainsi, on trouvait dans les maisons un grand nombre de femmes désœuvrées, condamnant beaucoup d’hommes à la solitude, à l’extérieur. « Le Traité du sel et du fer » dans l’Histoire des Han antérieurs souscrit : « Dans l’antiquité, un homme se liait à une femme seulement. Mais aujourd’hui les seigneurs gardent des centaines de femmes, des courtisanes, y compris des servantes et de riches roturières qui remplissent les salles de leur gaité. Ainsi, les femmes désespérées attendent le temps qui passe, en se lamentant et dehors des hommes finissent esseulés sans compagne ». Les histoires officielles des Han antérieurs et des Han postérieurs sont pleines de cas similaires : « Les cinq marquis du clan Wang, Liang Qi et Dong Zhuo entretenaient plusieurs centaines de concubines. Depuis la période des Trois Royaumes s’est développée la tendance selon laquelle plus le statut de l’homme est élevé, plus les épouses sont nombreuses, plus la maison s’enrichit, plus le nombre de concubines est important. Lorsque les femmes devenaient concubines, elles mouraient soit de dépression, de jalousie ou torturées par l’épouse principale, ou par la cruauté des fils favoris. Elles cherchaient à mettre fin à leur vie, priaient pour une fin rapide, ou cherchaient refuge dans des monastères de femmes. Le destin des femmes n’est-il pas le plus triste du monde ? Nous pouvons dire que la joie de vivre était refusée aux femmes de Chine, il était rare qu’elles meurent de mort naturelle. Pire encore, sous les Han occidentaux, lorsqu’un seigneur mourait, toutes les femmes de son harem étaient envoyées pour garder les jardins et les tombes. Même les ministres de cette époque critiquaient cette pratique qui portait atteinte à l’harmonie du yin et du yang et qui augmentait le désespoir. Tel était le cas des femmes des harems, condamnées indirectement à la peine capitale. Comme dans le cas du premier empereur des Qin, enterré au Mont Li avec de nombreuses femmes du palais, ou des empereurs et des princes de la dynastie Ming, accompagnés dans leur tombeau par les femmes du palais en sacrifice, il s’agissait là de cas de femmes de harem condamnées directement à la peine capitale. Nous savons ainsi que les souverains despotiques commettaient contre les femmes des crimes odieux dont la cruauté avait atteint des sommets. Comment, nous les femmes, pouvons-nous ne pas considérer les souverains comme des ennemis et cautionner ces erreurs du passé ? Mais celles qui sont mortes ne peuvent être ramenées à la vie. En conséquence, ces regrets et cette colère ne pourront jamais être apaisés. C’est l’une des forces qui a poussé les femmes au suicide.

Une deuxième manière directe d’assassiner les femmes est la mort par jugement et sanction légale. Les femmes, dans le passé et aujourd’hui, sont rarement condamnées à mort en leur nom propre, mais d’innocentes femmes sont tuées, sans pouvoir faire recours pour clamer leur innocence, en raison de la clause légale exigeant que les femmes suivent les hommes de leur famille en exil. Les chapitres « Gan » et « Tang » du Livre des documents indiquent tous les deux « Je vous réduit en esclavage ou je vous tue ». Le commentateur des Han, Zheng Xuan, pensait que « nu » faisait référence aux femmes et aux esclaves ; cela constitue une preuve que dans les temps anciens, les crimes d’un homme étaient également supportés par ses femmes et ses esclaves. Cela marque le début de l’époque où les femmes innocentes portèrent le poids des condamnations par implication (infligées à des hommes). On lit dans les Rites des Zhou : « Ses esclaves et ses femmes furent jetées derrière les barreaux ». Cela montre que les femmes étaient en fait incarcérées et torturées, mais les livres classiques n’indiquent pas clairement si les femmes étaient punies pour les crimes qu’elles avaient commis ou à cause des agissements des hommes ; en revanche, le Commentaire de Zuo ajoute « que la torture pénale ne s’étendait pas aux femmes. » Le Commentaire de Gongyang indique également que « les mauvais traitements s’arrêtent avant leur corps. » Ils semblent ainsi indiquer qu’autrefois les femmes n’étaient pas soumises à la loi de la culpabilité par association. Par contre, la « Biographie de Zhao She » dans les Notes du grand historien rapporte que la mère de Zhao Kuo a envoyé/envoya une requête au roi de Zhao, le suppliant de la dispenser de châtiment après que l’armée de son fils eut été vaincue. Cela montre que la punition des femmes des hommes qui ont commis des délits est une coutume qui remonte très loin.

L’ancienne institution des « neuf zu » (neuf degrés de relations familiales » qui inclut les hommes du clan depuis la génération de l’arrière-grand-père jusqu’à celle de l’arrière-petit-fils. Par contre, les « trois zu », font référence aux parents de l’homme, sa femme, et les enfants de mêmes parents. La dynastie Qin crée un précédent en punissant les trois zu : lorsqu’un homme est mis en accusation, toute la famille est exécutée. Il est dit ainsi : « La loi des Qin était si draconienne que le crime d’une personne entraînait automatiquement ses trois zu. De même, lorsque l’empereur Han a mis en accusation Han et Peng, leurs parents, leurs femmes et leurs enfants furent aussi anéantis. De même ceux qui avaient suivi Guan Mao et avaient donné refuge à Ji Bu furent exécutés avec leurs trois zu. C’est seulement sous le règne de l’empereur Wei des Han que la mort par association fut abolie. Bien que la loi fût retirée des livres, plus tard lorsque le général Li Ling (74 avant J.C.) se rendit à l’ennemi et que le brigand devenu fonctionnaire, Wang Wenshu 104 avant J.C.) fut destitué, leur clan fut décimé. Les femmes de Chine étant isolées dans leurs appartements intérieurs, leur situation n’était pas différente de celle de prisonniers. Zheng Xuan écrit : « Lorsque le Bien règne dans le monde, cela ne peut être mis au crédit des femmes, lorsque sévit un fléau, les femmes ne peuvent pas non plus être blâmées. » Mais lorsqu’un homme est coupable et que toute sa famille y compris les femmes sont punies, les juges n’envoient-ils pas le message que les femmes auraient dû parler lorsqu’elles avaient remarqué que les hommes avaient commis une faute ? Pourtant, les lettrés confucéens recommandaient que « les femmes ne devaient pas intervenir dans les affaires extérieures » et considéraient que « laisser les femmes se mêler d’une intrigue » était une offense pour les hommes ». Si les hommes manigançaient quelque chose, comment les femmes auraient-elle plus être au courant ? Les femmes n’étaient-elles pas mises à mort alors qu’elles étaient totalement innocentes ?
Ou bien, les juges ne peuvent-ils pas dire, que les hommes ayant commis un crime majeur contre l’Etat, ils sont incompétents pour mettre de l’ordre dans la famille, selon les préceptes de Confucius, et faire périr toute la famille avec eux ? Ils ignorent que même avec la sagesse de l’impératrice Jiang, le roi Juan des Zhou ne connaissait pas ses devoirs officiels ; malgré la compassion de son impératrice, Ma, l’empereur Taizu des Ming demeura cruel et despotique. Lorsqu’un homme enfreint la loi et que les femmes sont tenues pour redevables de ses actes, cela ne revient-il à une inculpation fabriquée de toute pièce ?
Nous pouvons dire que depuis l’antiquité jusqu’à nos jours, lorsqu’une femme périt frappée par une sanction pénale, elle meurt à cause des crimes de l’homme. Les hommes discréditent non seulement les femmes en général comme si cela était dans leur nature, mais ils infligent aussi des préjudices à certaines femmes de leur propre famille, les privant d’une mort naturelle. Est-ce que les femmes doivent quelque chose aux hommes, ou n’est-ce pas plutôt les hommes qui leur doivent doublement quelque chose ? Considérons le cas de Chunyu Zhang, marquis de Dingling, dont la rébellion contre l’Empereur Cheng des Han conduisit au châtiment des aînés et des cadets de sa famille. Son épouse principale, Naizhi, et ses cinq femmes secondaires le quittèrent et se marièrent avec un autre, avant que le complot ne soit découvert. Zhai Fangjin et He Wu estimèrent que Naishi avait quitté Zhang pendant qu’il fomentait la rébellion, parce qu’elle savait qu’en tant qu’épouse principale, elle serait condamnée comme si elle avait commis le crime, elle connaissait parfaitement la loi (et serait ainsi également condamnée). Kong Guang n’était pas en désaccord avec la loi selon laquelle une personne ayant commis un crime grave contraire à la Voie, verrait ses parents, ses épouses et ses enfants décapités en public sans tenir compte de leur âge. Mais il pensait que la Voie du mari et de l’épouse étaient unis par la droiture mais séparés par l’absence. Naishi avait quitté Zhang et s’était remariée avant que ce dernier sache qu’il encourrait une peine, elle avait alors déjà perdu le titre d’épouse. Elle n’aurait donc pas dû être condamnée car elle n’était plus l’épouse en titre ou de fait. Même si Kong Guang semblait plus clément que Fangjin, son argumentation suggère que lorsqu’un fonctionnaire à la Cour des Han avait commis un délit grave, sa mère, son épouse et ses concubines ne pouvaient échapper au châtiment. Comment retrouver la trace de toutes ces femmes qui sont mortes à cause de leurs époux ? Les châtiments sous les Han s’étendaient seulement aux relations consanguines. Plus tardivement, cela a changé en raison d’une mauvaise interprétation d’un passage de la version du Nouveau Texte du Livre des documents sur le terme « neuf zu » dans le Canon de Yao. L’erreur de lecture interprète « les neuf zu » comme ceux qui appartiennent au même clan, mais qui ont un nom de famille différent. Selon ce mode de calcul, il y a quatre zu du côté du père : (1), les cinq relations directes par le sang, (l’arrière arrière-grand-père, l’arrière- grand-père, le grand père le père et lui-même) ; (2) les tantes paternelles mariées et leurs enfants ; (3) les sœurs mariées et leurs enfants ; (4) les filles mariées et leurs enfants. Ensuite, viennent les trois zu du côté de la mère : ceux qui portent le nom de famille du père de la mère ; (2) ceux qui portent le même nom de famille que la mère de la mère ; (3) les filles mariées des sœurs de la mère et leurs enfants. Enfin, se trouvent les deux zu du côté de l’épouse : (1) ceux qui portent le même nom de famille que le père de l’épouse ; (2) ceux qui portent le même nom de famille que la mère de l’épouse. Ceux qui ont suivi cette mauvaise interprétation, ont étendu l’erreur en interprétant les « trois zu » comme celles du père, de la mère et de l’épouse. D’autres prétendent que les « trois zu » s’appliquent aux grands-parents maternels, aux fils des tantes maternelles et aux fils des parents de l’épouse ainsi qu’à leurs tantes paternelles et aux fils des enfants de ses sœurs. » Les dirigeants despotiques et leurs fonctionnaires violents se sont jetés sur cette mauvaise interprétation pour punir un plus grand réseau de personnes. Pendant la période des Wei et des Jin en particulier, les condamnations pénales furent encore plus draconiennes et inhumaines. La « Biographie de Cao Shuang des Wei » dans les Notes des Trois Royaumes indique que lorsque Sima Yi a exécuté Shuang, il a également éliminé les « trois zu » de Shuang ainsi que les membres de sa faction — homme et femme, vieux et jeunes, les filles mariées des soeurs des tantes et des soeurs. De même, la « Biographie de Guo Zhun » relate que la femme de Guo était la jeune sœur de Wang Ling. Lorsque Wang fut condamné, les cinq fils ont supplié leur père, en se frappant la tête sur le sol jusqu’au sang, d’intervenir auprès de Sima Yi pour que leur mère soit épargnée. Plus tard, le « code pénal » de l’Histoire des Jin mentionne que lorsque la cour de Wei destitua Qiu Jian, son fils Dian et l’épouse de Dian, Madame Xun, auraient dû mourir, ainsi que la fille de Sun, mariée à Liu Zhiyuan. La fille échappa à la mort et fut emprisonnée à la place, uniquement parce qu’elle était enceinte. Il est clair que lorsqu’un homme était compromis à la cour des Wei, ni les sœurs, ni les filles mariées ne pouvaient échapper à la condamnation. Le fonctionnaire Cheng Wei souligne ainsi dans sa requête qu’une fille mariée (était doublement en péril) : si ses parents commettaient un délit, la condamnation s’étendait à elle, et si du côté de son époux, une peine était encourue, elle devait également être exécutée. Le corps de la femme était donc en état de vulnérabilité à l’extérieur et à l’intérieur. Un homme ne pouvait pas être tenu pour responsable des crimes commis par un autre zu alors qu’une femme pouvait être exécutée en raison de son lien avec deux familles. Cette situation est tout à fait injuste, plaide Wei. D’après cette requête, nous savons qu’une fille avant son mariage devait « suivre » les crimes de ses parents (c’est-à-dire de son père) ; après son mariage, elle « suivait » les peines à la fois de son mari et de sa famille. La vie d’une femme était aussi fragile que des œufs empilés, et pour quelle autre raison que devoir subir des sanctions à cause des hommes ? Sans mentionner cette situation asymétrique où la femme était punie pour les crimes de ses propres parents alors que son mari était préservé ; mais lorsqu’un époux avait commis un délit, l’épouse était condamnée avec lui. Voilà un autre affront pour les femmes en dehors du fait d’être tenues pour responsables des crimes à la fois de leur mari et de leur famille. Les lois établies étaient tolérantes envers les hommes et dures envers les femmes. A partir du moment où ceux qui avaient violé la loi étaient des hommes, pourquoi les femmes devaient-elles être sacrifiées jusqu’à la mort ? La proposition de Cheng Wei permit de modifier la loi. Ainsi plus tard, seules, les filles non mariées « suivaient » le bannissement de leurs parents et les femmes mariées n’étaient tenues responsables que des crimes des familles de leur mari. On trouve cependant le cas de Jie Jie. Lorsqu’il fut condamné, sa fille était fiancée à la famille Wei et devait être mariée le lendemain. Les Wei voulurent la reconnaître comme une épouse officielle afin qu’elle soit épargnée, mais elle dit : « Ma famille se trouvant dans cette situation, pourquoi est-ce que je vivrais ? » Elle a donc accepté la mort se plaindre. Cet exemple suffit à prouver la cruauté de la loi. Nous avons perdu le compte des femmes innocentes qui sont mortes depuis les Qin et les Han à cause de cette loi. N’est-ce pas ce qu’on appelle « tuer les gens sans justification » ? Les Wei du Nord sont particulièrement célèbres pour leur code pénal sévère — il se trouve des cas de tribus entières qui ont été décimées, ou d’hommes et de femmes d’une famille princière qui ont trouvé la mort pour avoir soutenu une autre famille. Dans son sillage, se trouvait l’institution de sanction qui impliquait les « cinq zu ». La « Biographie de Cui Hao » de l’Histoire des Dynasties du Nord rapporte que lorsque Cui fut exécuté, tous les Cui de sa région natale de Qinghe, proches ou éloignés, furent éliminés. Furent aussi décimées tous les zu de leurs factions alliées — Les Lu de Fanyang, les Guo de Tai Yuan et les Liu de Hedong. Y compris les cinq zu de leurs serviteurs et majordomes et les zu de ceux qui avaient été à son service pour le projet de la compilation de l’histoire. En d’autres termes, la loi incriminait non seulement les parents de l’inculpé mais aussi ceux qui étaient liés à sa mère, son épouse, ses filles et ceux qui portaient un nom de famille différent. Sachant que la loi sur l’hérédité ne suit que la descendance patrilinéaire, n’y-a-t-il pas plus grande injustice que la loi s’étende également à la descendance matrilinéaire ? Etant donné que le crime concerné avait été commis par des hommes, quelle loi plus injuste pouvait-il exister ? Lorsque Gao Yang (529-539) a ourdi un complot pour usurper le trône, (et est devenu l’Empereur Wei Xuan des Qi du Nord), il donna l’ordre que les hommes et femmes de vingt-cinq familles de la précédente famille royale du nom de Yuan soient décapitées, sans tenir compte de l’âge — un total de trois mille (sic) personnes furent tuées. Ces exemples sont une preuve que les femmes perdaient la vie par implication.
Les vies humaines étaient traitées comme de la saleté pendant la période des Cinq dynasties (907-960) lorsque les exécutions de zu entières devinrent une routine. Les clans de Wang Shifan des Liang postérieurs (907-923) et celui de Zhao Yan des Tang postérieurs (923-937) furent exécutés, et pas une de leurs épouses, de leurs enfants, ou de parents ne put en réchapper. La « Biographie de Zhou Youliang » rapporte que lorsque Youliang fut condamné à mort durant les Tang postérieurs, son épouse, Madame Zhang vint le trouver accompagnée d’un groupe de deux cents membres de sa famille pour lui demander de distinguer ceux qui étaient vraiment de son sang afin que les autres échappent à une mort tragique. De même, dans la « Biographie de Wang Zhang » il est mentionné que lorsque Wang fut exécuté comme fonctionnaire des Han, sa fille pourtant déjà mariée à Zhang Yisu et malade depuis des années, fut exécutée sans merci. Les lois d’exécution du zu pendant les Cinq Dynasties s’étendaient à l’épouse du criminel, les concubines et les filles mariées — le système des châtiments illégaux avait alors atteint son zénith. A cette époque, les fonctionnaires civils, les militaires et les gens du peuple succombaient les uns après les autres aux châtiments. Plus de trois mille personnes périrent lorsque Zhang Jian et sa faction furent exécutés avec leur zu. Lorsque Su Fengji était ministre, il ordonna l’exécution par zu de toute la population qui avait résidé à proximité des bandits. Je ne sais pas combien de femmes, nées dans cette période, ont réussi à s’en sortir ! Cela dut être la pire calamité qui soit jamais arrivée aux femmes. Mis à part les exécutions à l’échelle des clans, d’autres châtiments ont été infligés à un homme sous la dynastie des Tang, sa femme, ses concubines, ses fils et ses belles-filles furent envoyées comme esclaves et servantes au palais. La « Biographie de Shangguan Yi », dans l’Histoire des Tang, rapporte que lorsque Yi et son fils Tingzhi furent condamnés, la femme de Tingzhi, Zheng et sa fille Wan’er, furent envoyées au palais. Les « Biographies de Wu Yuanji et Li Shidao » rapportent à leur tour que lorsque le complot des deux hommes échoua, la femme de Yuanji, Shen, et la femme de Shidao, Wei, furent envoyées au Palais. Voilà un exemple de bannissement des épouses de criminels. La « Biographie de Cui Qun » ajoute que lorsque Li Shidao fut inculpé, l’Empereur Xianzong indiqua à son Premier Ministre que l’épouse de Li Shigu était une tante de Shidao, et bien qu’elle soit considérée comme une membre de la zu rebelle, il ne convenait pas de lui retirer son statut pour celui d’esclave. De même en ce qui concerne la femme de Li Zongshi, également issue d’une famille aristocratique, il aurait été trop rude de lui retirer son statut. Cui répondit « Votre Majesté a un cœur plein de compassion. » Ainsi, Madame Pei, l’épouse de Shigu, sa fille, Yiniang, l’épouse de Zongshi, Madame Wei ainsi que ses fils et ses filles furent libérés. Cette exception, quoiqu’il en soit, confirme la règle selon laquelle les épouses, les filles d’un condamné, sa famille au sens large, étaient condamnées. La « Biographie de Wei » rapporte comment le censeur Li Xiao, un membre de la famille impériale, fut impliqué dans l’affaire de Li Sun et comment sa fille fut bannie au palais. Les « Biographies des Impératrices et Princesses consorts » rapportent que la fille de Wu Linggui fut envoyée au palais lorsque ce dernier fut exécuté par implication. L’eunuque Gao Lishi la choisit et la présenta à l’Empereur ; elle donna ensuite naissance au futur Empereur Daizong et fut couronnée Impératrice Zhangjing. Ce sont des exemples de filles de condamnés, qui furent enfermées dans les palais. Le même ouvrage relate que lorsque Li Qi fut accusé de fomenter une révolte, sa concubine Zheng fut arrêtée et envoyée au palais. Elle devint la favorite de Xianzong ; elle donna naissance au futur Suzong, qui devint l’Empereur Xiaoming. Encore un exemple de concubine d’un condamné envoyée au palais. La « Biographie de Han » rapporte une conversation avec Liu Yuanzuo passant par la cité de Bianliang, ce dernier indiqua à Li qu’il devrait demander rapidement une audience avec le Fils du Ciel pour que les vies de sa mère, de sa nouvelle belle-fille, de ses enfants et de ses petits-enfants soient épargnées. Il s’agit là d’un cas de bannissement de la mère d’un condamné. La « Biographie de Yuan Zai » relate que la fille de Zai, Zhenyi fut tondue à l’âge tendre. Après que Zai eut été démasqué, sa fille fut envoyée au palais, et ce ne fut pas avant le règne de Dezong, qu’elle apprit la mort de Zai, ce qui la fit hurler et s’évanouir. Ce genre de châtiment n’était même pas épargné à une nonne. Que signifiait pour une femme d’être emmenée au palais à part devenir esclave ? Rien n’arrêtait un souverain impitoyable, la dureté du travail et de l’humiliation s’accumulaient sur le corps de la femme. On trouve des exemples encore pire. Lorsque Yuanji fut condamné sous la dynastie des Tang, Taizong s’empara de ses concubines. Quand Wu Fujin, l’innocent, fut exécuté en public pendant la période des Cinq Dynasties, ses successeurs se partagèrent ses épouses et ses enfants. Selon les lois des dynasties Song et Ming, si un homme commettait un crime, ses épouses et ses filles devaient être envoyées au Bureau de la Musique comme prostituées. Ainsi mêmes les épouses loyales et chastes étaient déshonorées. Comment comptabiliser un par un les malheurs qui ont frappé les femmes, provoqués par les hommes ? Depuis la période de la dynastie des Han, lorsqu’un homme transgressait la loi, sa femme était exilée à la frontière. La « Biographie de Wang Jia » de l’Histoire des Han relate que la femme et les enfants de son garde Zhang furent tous jetés en prison ; lorsque Zhang mourut, ils furent exilés au Hebei. La « Biographie de Xifu Gong » relate que lorsque Gong mourut dans la prison de Luoyang, plus d’une centaine de personnes furent jetées en prison ; sa femme, Chonghan et les membres de sa famille furent exilés au Hepu. La « Biographie de Yangbi » rapporte que lorsque Yun Yao fut décapité, sa femme et ses enfants furent exilés à Jiuquan. La « Biographie de Chen Fan » dans l’Histoire des Han postérieurs, déclare que Fan fut exécuté et toute sa famille exilée à Bijing. Toutes ces persécutions commises contre les femmes étaient causées par association aux actes de leurs maris. Au début des Qing, des cas politiques conduisirent à l’exécution d’hommes par centaines et par milliers, leurs femmes et leurs enfants étaient exilés dans la province du Jilin ou livrés aux soldats comme esclaves ; ils ont péri par dizaines et centaines.
La discussion ci-dessus montre qu’il est tout à fait clair que les femmes dans un pays aux lois despotiques sont privées de leurs droits à la vie et de liberté. Sans aucun doute, beaucoup d’hommes persécutés étaient en fait innocents, et les faux verdicts n’étaient pas rares, mais un crime portait au moins un nom lorsque les hommes apprenaient qu’ils étaient condamnés à la peine de mort. Lorsque les femmes étaient condamnées, il n’était pas besoin d’identifier le crime ; les peines étaient infligées sur leur personne simplement parce qu’un homme avait enfreint la loi. Dans la vie, les femmes ne bénéficiaient pas des mêmes droits que les hommes ; dans la mort, les femmes encouraient les mêmes sanctions que les hommes — comment sur terre peut-il exister de loi plus injuste ? Les femmes ont été traitées comme les appendices des hommes, et leurs droits de vie et de mort furent déterminés uniquement en fonction du principe du viol de la loi par les hommes. Nous ne pouvons qu’en conclure que la mort des femmes fut en réalité provoquée par les hommes. Cela m’attriste d’analyser ces annales de l’histoire de l’antiquité à nos jours, remplies de lois despotiques et de fonctionnaires cruels, sans même pouvoir compter le nombre de femmes dont la mort a été provoquée (par ces lois despotiques et fonctionnaires cruels.) Dans les temps anciens, toutes les familles importantes avaient de nombreuses concubines ; et lorsque le vent de la politique tournait, les hommes étaient susceptibles d’être exécutés en place publique, après quoi les concubines ne pouvaient que les suivre dans la mort. Quelle malchance pour les femmes d’être nées sous le despotisme, et pire malchance encore d’êtres nées ou d’avoir été mariées dans une famille importante. Certainement, les principaux coupables étaient les dirigeants despotiques et leurs cruels fonctionnaires mais aussi le traitement des femmes par les hommes comme leur propriété privée. Les hommes ont provoqué la mort prématurée de nombreuses femmes. Si vous êtes un homme, ne devriez-vous pas réfléchir sérieusement et admettre tout ce que vous devez aux femmes ? En plus de la polygamie dans les harems, je soutiens que (ce code pénal) est la seconde force qui a poussé les femmes sur leur lit de mort.

Au cours des années récentes, la loi s’est relâchée, et il est rare qu’une femme et des enfants soient condamnés avec un homme. Mais on dit que lorsque Zhang Wenxiang assassina Ma Xinyi (1821-1870), le gouverneur général de Liang Jiang), sa fille cadette qui avait été adoptée par le frère de sa mère, fut impliquée et mourut d’une mort cruelle. Les malheurs s’étendirent aussi à l’épouse de Zhang et à la femme de son frère. Cela n’est-il pas une nouvelle preuve que les femmes souffrent encore à cause des crimes des hommes ? Lorsque le complot de Xu Xiling (pour renverser les Mandchous) fut découvert récemment, le gouvernement a cherché à arrêter sa femme et a donné l’ordre au Japon d’en faire de même. Aujourd’hui encore, la loi qui rend coupable par association n’est pas encore complètement supprimée. Il en est de même pour le code pénal — injuste, infligeant le verdict de culpabilité à des femmes innocentes par association avec un homme — qui doit être rare dans le monde. Peut-on encore douter que tous les dirigeants, despotes et leurs alliés sont les ennemis des femmes ?

Originalement publié dans Tianyi n° 2 (10 juin 1907) pp. 1-13, n° 3 (9 juillet 1907) pp. 7-23 et n° 4 (24 juillet 1907) pp. 1-6, signé par He-Yin Zhen ; réédité dans Wan Shiguo, op. cit. pp. 681-691.

 

 

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