#MeToo en Chine (2) : Ou est Yue Xin ?

Il est à craindre qu’une des premières victimes d’une nouvelle vague de répression anti-féministe et anti-marxiste soit la jeune activiste Yue Xin dont on est sans nouvelles depuis plusieurs semaines. Nous publions ici la traduction de l’article paru hier ( le 11/10/2018) et mis à jour aujourd’hui, dans le South China Morning Post.

Inquiétudes pour une jeune activiste marxiste disparue après un raid de la police en Chine

Yue Xin a été arrêtée en même temps qu’une cinquantaine d’activistes, une grande partie d’entre eux étant de jeunes marxistes, qui s’étaient joints à la campagne pour les droits syndicaux dans l’usine de Jasic Technology.

Yue Xin, 22 ans, a été arrêtée le 24 aout en même temps que d’autres jeunes marxistes impliqués dans un mouvement pour les droits syndicaux à Shenzhen.
Elle avait auparavant accusé l’université de Pékin de chercher à la faire taire car elle demandait des informations sur la façon dont était traitée l’enquête sur l’agression sexuelle qui avait poussé au suicide une étudiante vingt ans plus tôt – une des affaires qui a fait le plus de bruit lors du mouvement #MeToo. ( NDT : nous reviendrons sur cette affaire dans un autre post ce dimanche)
Cette arrestation participe de l’intensification de la répression par les autorités contre le nombre croissant de jeunes activistes qui ont trouvé ces dernières années inspiration dans le marxisme, espérant ainsi amener du changement sur des questions allant du féminisme, des inégalités sociales aux droits des travailleurs.
Mais en contraste radical avec la ligne marxiste officielle, cette nouvelle génération de marxistes met l’accent sur les libertés individuelles, certains s’intéressant même à la démocratie constitutionnelle occidentale- considérée par les marxistes et maoïstes dominants comme une mauvaise voie pour la Chine.
La plupart des protestataires détenus en aout ont depuis été relâché, mais quatre d’entre eux ont été placé « en résidence surveillée dans un lieu désigné » – une forme de détention secrète, tandis que quatre autres sont encore incarcérés et pourraient être inculpés selon leurs amis et d’autres activistes.
Mais le sort de Yue, ainsi que celui de sa mère, qui n’est plus joignable depuis septembre, demeure inconnu.
« Il est possible que Yue ne réapparaisse pas avant longtemps » a déclaré une activiste étudiante souhaitant garder l’anonymat et qui veut alerter sur la situation difficile de Yue.
La jeune activiste a été diplômé de l’école des langues étrangères de l’université de Pékin cet été, alors que le mouvement #MeToo prenait de l’ampleur sur les campus et les lieux de travail. Elle a déposé une requête officielle auprès de son université demandant que celle-ci rende public les informations sur la façon dont avait été traitée l’affaire d’agression sexuelle impliquant un professeur dont avait résulté le suicide d’une étudiante il y a deux décennies de cela. Yue a ensuite écrite une lettre ouverte ( NDT : traduite dans le prochain post) accusant l’université de tenter de la faire taire en mettant la pression sur sa famille et suggérant qu’on ne lui permettrait pas de passer son diplôme, ce qui avait mené à une forte réaction publique contre l’université sur les réseaux sociaux.
En juillet, Yue s’est intéressée à un conflit dans l’usine de Jasic Technology basée a Shenzhen. Des étudiants de gauche, y compris Yue, ont voyagé d’un peu partout dans le pays pour soutenir les travailleurs du Guangdong dans leur campagne pour les droits syndicaux dans leur usine, qui produit des machines à souder électroniques et des bras robotiques. Mais le 24 aout, la police anti-émeute a perquisitionné l’appartement dans lequel ils résidaient à côté de Shenzhen, et a arrêté le groupe.
Plus tôt ce mois là, Yue avait déclaré au South China Morning Pots, qu’elle voulait apporter son soutien aux travailleurs de Shenzhen même si cela supposait de se faire arrêter.
« Plus de trente travailleurs innocents ont été déjà été arrêtés et traités de façon inhumaine. Je ne peux pas me contenter de rester assise et d’exprimer mon soutien en ligne – il faut que j’aille sur la ligne de front. » déclarait Yue «  Je suis prête à me faire arrêter… mais la question n’est pas d’être arrêté ou non… si vous croyez que ce que vous faites est juste, alors vous n’avez pas peur. »
Il y a aussi des inquiétudes concernant la mère de Yue. NGOCN, une ONG pour le développement social basé à Guangzhou pour un poste dans laquelle Yue avait postulé après son diplôme, a déclaré que la mère de Yue les avait contacté une semaine après l’opération de Huizhou car elle cherchait à savoir ce qui était arrivé à sa fille. Le directeur exécutif a dit à la mère de Yue qu’il n’avait plus de contact avec elle depuis le mois de juin mais qu’il essaierait d’aider.
« Yue Xin restait en contact avec sa mère après qu’elle soit venue dans le Guangdong, mais sa mère était anxieuse car elle n’avait pas plus de nouvelles depuis plus de quatre jours. » a déclaré Wu. Mais depuis le 2 septembre, l’ONG n’a pas pu entrer en contact avec la mère de Yue qui vit à Pékin. Le Post a également essayé de l’appeler mais son téléphone reste éteint.
Un officier du commissariat de Yanziling à Shenzhen a déclaré qu’ils ne s’occupaient pas du cas de Yue et nous a redirigé vers les bureaux du gouvernement de district de Pingshan, que nous n’avons pas réussi à joindre.
A part Yue, 4 animateurs de Epoch Pioneer, un site de gauche qui se consacre à l’activisme ouvrier, ont été placé en « résidence surveillée dans un lieu désigné » à Guangzhou, selon des activistes du groupe de soutien au travailleurs de Jasic. Ils ont également indiqué que quatre travailleurs étaient incarcérés à Shenzhen, accusés «  d’attroupement perturbant l’ordre social » et n’ont qu’un accès restreint aux avocats. D’autres jeunes activistes ont été relâchés mais restent étroitement surveillés par leurs universités et leurs parents selon les mêmes activistes.
Si les cours sur le marxisme font systématiquement parti du cursus dans les universités en Chine, le nombre croissant de jeunes activistes de gauche a apparemment provoqué l’inquiétude des autorités universitaires. Depuis le début de la nouvelle année académique en septembre, les jeunes marxistes se sont mobilisés contre le renforcement des contrôles dans leurs universités. L’un d’entre eux, étudiant à la faculté d’économie à l’université de Renmin China à Pékin, a détaillé, dans un article publié en ligne et qui a été ensuite supprimé par les censeurs, comment il a été « blacklisté pour s’être intéressé au peuple ». Xiang Junwei a accusé les administrateurs de l’université d’avoir fait pression sur lui et sa famille, un enseignant ayant ainsi dit à ses parents qu’il devait corriger ses « dangereuses pensées » et qu’il était « dans une situation politique problématique ». Il a déclaré avoir été exclu du chat en ligne de l’université et a indiqué que 12 autres jeunes marxistes avaient subis la même mesure.
Dans un autre article, il a souligné le cas d’une autre étudiante de l’école, qui a du être hospitalisée après qu’elle ait mené une grève de la faim pour protester contre sa famille et un enseignant qui voulaient l’empêcher de s’impliquer dans la campagne pour les droits des travailleurs à Shenzhen. Il a appelé l’université a lui permettre de reprendre ses études sans avoir à signer une déclaration selon laquelle elle abandonnerait l’activisme- une déclaration que, selon lui, on insistait qu’elle signe pour pouvoir reprendre les cours.
Les groupes d’études du marxisme ont également déclaré qu’ils avaient eu du mal à renouveler leur inscription dans les meilleures universités ainsi à la Renmin University, l’université de Nanjing et l’Université de science et de technologie de Pékin. A l’université de Pékin, où Yue étudiait, la société d’étude du marxisme a du demander l’aide d’un conseiller du département de marxisme de l’université pour se faire enregistrer après que la ligue de jeunesse communiste du campus lui ait retiré son soutien.
Début aout, Yue déclarait que les étudiants suivaient une tradition universitaire en s’impliquant dans l’activisme, la défense du peuple et des droits des travailleurs. « Les activistes étudiants se sont battus sur un grand nombre de sujets- y compris contre le harcèlement sexuel ou pour soutenir la démocratie sur le campus…tout le monde dans ce mouvement ne s’identifie pas comme marxiste, léniniste ou maoïste mais ils sont certainement influencés par le marxisme » déclarait-elle.

Dans la suite de ce post, nous reviendrons notamment sur l’affaire Gao Yan en publiant la traduction des deux lettres ouvertes publiées par Yue Xin à cette occasion, ainsi que sur la lutte des travailleurs de l’usine de Jansic et les nouveaux « marxistes » chinois…

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