Quand l’autoritarisme patriarcal chinois tombe le masque

L’élimination de la limite de deux mandats, instaurée par Deng Xiaoping dans les années 80, pour la présidence et la vice-présidence qui va bientôt être adoptée par le Congrès National du Peuple chinois, devrait permettre à Xi Jinping de rester indéfiniment au pouvoir. Cette modification reflète probablement une certaine inquiétude du Parti Communiste quant au maintien de la stabilité. En effet la restructuration économique et les réforme promises quand Xi a pris le contrôle du parti en 2012 n’ont été que parcellaires ou ont eu des résultats décevants. La hausse de l’endettement qu’il s’agisse de celui des régions, des banques, des entreprises privées et d’État préoccupent tout autant les institutions financières internationales que les leaders chinois. De plus la jeune génération est notoirement moins impressionnée par l’appareil de répression, comme en témoignent les difficultés des censeurs a suivre le rythme des critiques émises sur les réseaux sociaux. Difficultés illustrées par certaines mesures prises ces derniers jours comme l’interdiction temporaire de la lettre « n » et des images de Winnie l’ourson, associé en Chine à Xi Jinping.

Sur ce sujet, nous souhaitons signaler des interventions récentes de la chercheuse Leta Hong Fincher. Auteur du livre Leftover women : The Resurgence of Gender inequality in China dans lequel un chapitre est consacré aux activistes féministes, elle publiera en septembre prochain Betraying Big Brother : The Feminist Awakening in China. Dans son article Xi Jinping authoritarian rise has been powered by sexism publié hier 1er mars dans le Washington Post, elle rappelle « Qu’il est impossible de comprendre la longévité du parti communiste chinois sans reconnaître le fondement patriarcal de son autoritarisme. En bref, l’homme fort de la Chine, comme d’autres autocrates de par le monde, considère l’autoritarisme patriarcal comme essentiel à la survie du PCC. » Elle décrit notamment toute la propagande orchestrée autour de la personnalité du leader, surnommé XI Dada, à la fois père et mari idéal de la nation et dont la célébration de « l’hypermasculinité » a même du être freinée un peu par les autorités. Plus généralement, Leta Hong Fincher constate que face à l’épuisement de la dynamique économique, du vieillissement de la population et de la crise démographique la propagande a remis au goût du jour certains antiennes du confucianisme telle que la notion selon laquelle la famille patriarcale traditionnelle est la base d’un gouvernement stable : « Le parti communiste perpétue de façon agressive les normes traditionnelles de genre et réduit les femmes à leurs rôles d’instruments reproductifs au service de l’État, d’épouses dévouées, de mères au foyer et ce afin de réduire les risques de troubles sociaux et de donner naissance à une nouvelle génération de travailleurs qualifiés. Le parti mène aussi une campagne de répression sans précédent contre les activistes féministes car la direction, entièrement masculine, du parti semble penser que l’ensemble de l’appareil de sécurité et l’État menaceraient de s’écrouler si on en venait à mettre en cause l’asservissement des femmes. »

Dans une interview donnée quelques jours auparavant au magazine en ligne The beijinger elle revenait plus longuement sur l’importance prise par la répression du petit mouvement féministe chinois : « Je pense que ce conflit entre un activisme féministe ascendant et la détermination de la part du gouvernement chinois à éradiquer le mouvement féministe va se développer et jouer un rôle très important dans les années à venir. (…) La raison pour laquelle le gouvernement chinois réprime le mouvement féministe n’est pas seulement parce qu’il représenterait un activisme politique organisé mais aussi parce que le pouvoir veut pousser ces femmes éduquées à se marier et à faire des enfants. C’est le même objectif, la même dynamique que je décrivais dans mon premier livre. Dans celui-ci je décrivais la campagne de propagande qui stigmatisait ces femmes, les qualifiant d’inutiles, cherchant à les forcer par la peur à se marier. Maintenant ils ont une politique officielle de deux enfants par famille, il s’agit désormais d’une politique nataliste, explicitement assumée comme telle. Le gouvernement vise particulièrement les femmes urbaines et éduquées pour qu’elles se marient et enfantent au plus tôt. Pour l’instant je ne vois aucun signe montrant que cela fonctionne, donc il risque d’y avoir un conflit majeur entre le gouvernement et les femmes éduquées en particulier. Avec tous les problèmes démographiques que rencontre la Chine, où la population vieillit, où le taux de natalité baisse et ou la population active se réduit, il n’est pas surprenant que le pouvoir mette une grosse pression sur les femmes pour qu’elles fassent des bébés mais cette pression ne donne pas les résultats escomptés. »

Leta Hong Fincher revenait également sur ce point dans l’article China Dropped Its One-Child Policy.So Why Aren’t Chinese Women Having More Babies? paru dans le New York Times le 20 février. Citant les derniers chiffres de la natalité qui indiquaient une baisse du nombre de premières naissances de 3,5% en 2017, elle constatait l’échec de la propagande visant les gao suzhi ou « femmes de haute qualité ». Elle soulignait que, par contre, la même campagne cherchait à dissuader les naissances chez les femmes non mariés et les minorités ethniques, indiquant par là la mise en place d’une véritable politique eugéniste. La présidence désormais perpétuelle de Xi Jinping, augure donc d’évolutions tout aussi inquiétantes dans ce domaine…

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