Entre déni et répression : les féministes contre le harcèlement sexuel en Chine (1)

Dans un éditorial, supprimé par la suite, le quotidien officiel en langue anglaise The China Daily expliquait au mois d’octobre 2017, que contrairement à partout ailleurs, les cas de harcèlement sexuel seraient rares en Chine car « On a appris aux hommes chinois à protéger leurs femmes. Se comporter de façon inappropriée vis à vis d’une femme, i-compris la harceler sexuellement, est en contradiction avec toutes les valeurs et coutumes traditionnelles chinoises. » Ce genre de discours n’étonne pas quand on connaît la restauration idéologique tout azimut entamée sous l’égide de « l’harmonie sociale » et du « rêve chinois » par le Parti Communiste.

La levée de boucliers provoquée par cet éditorial du China Daily explique probablement le ton à la fois plus circonspect mais aussi plus menaçant de celui publié sur le même sujet par le plus austère Global Times début janvier : « Les mouvements sociaux ne peuvent jouer qu’un rôle limité dans la réduction du harcèlement sexuel. Avec le développement du pays, les résidents chinois ont une plus grande conscience de leurs droits et cela nécessite une amélioration correspondante du système légal et de la gestion de ces problèmes par les autorités concernées. Les campagnes sociales ne constituent qu’une partie d’une approche chinoise globale. Certains médias occidentaux utilisent les cas d’agressions sexuelles en Chine pour insinuer que le système juridique chinois est responsable de ce problème, comme si tous les problèmes que leurs pays ne parviennent pas à résoudre tenaient uniquement de lacunes juridiques. »

L’attitude des médias et du pouvoir chinois vis à vis du harcèlement n’a pas toujours été aussi erratique comme le rappelle Diana Fu dans l’étude qu’elle a consacrée à ce sujet : « China’s Paradox Passage into Modernity: A Study on the Portrayal of Sexual Harassment in Chinese Media ».

En effet le thème était très à la mode au début des années 1990 : « Ce déluge de reportage (sur le harcèlement) est intéressant à plusieurs titres. Tout d’abord le terme chinois pour nommer le harcèlement sexuel, xing sao rao, est une notion étrangère qui a été importé en Chine dans la dernière décennie du XX ème siècle et était contemporain des réformes de Deng Xiaoping et du retour du pays sur la scène mondiale. Ensuite, le gouvernement chinois et les médias se concentrent sur le harcèlement alors que la pays est touché par d’autres maux sociaux tout aussi atroces tel que le trafic de femmes, l’infanticide, la pauvreté, etc. Le fait que les médias abordent le sujet avec une rhétorique juridique laisse aussi perplexe, quand on connaît le rejet par les autorités des critiques sur le respect des droits de l’homme. Enfin les informations qui sont relayées sur le harcèlement ne portent quasi exclusivement qu’autour de jeunes professionnelles urbaines, marginalisant en cela des secteurs entiers de la population salariée : notamment les travailleuses migrantes qui sont les plus démunies et désavantagées des victimes de harcèlement sexuel. »

Fu souligne que les autorités cherchaient en soulignant le problème à le rendre exclusivement concomitant de la modernisation et de l’essor économique (et ne visant que les « femmes chinoises modernes »), comme si il n’avait pas existé dans la Chine maoïste, pour pouvoir démontrer qu’en prenant le problème à bras le corps (sic!) le pays se situait au même niveau d’exigence juridique que les pays occidentaux très développés tout en continuant l’ « œuvre socialiste » d’émancipation des femmes commencée en 1949.

Pourtant, malgré toutes ces bonnes intentions le problème persiste, i-compris au niveau juridique malgré une nouvelle loi en 2015 puisque sur les lieux de travail, où selon une étude citée par le China Labor bulletin, 80% des travailleuses chinoises connaissent à un moment ou à un autre un épisode de harcèlement, rien n’a été effectivement prévu pour protéger les plaignantes contre les chantages et autres coups de pression. Ce qui a changé par contre c’est qu’un mouvement féministe non institutionnel s’est saisi de ces problèmes ce qui lui valu immédiatement des ennuis avec les autorités, comme nous allons le voir dans la suite de ce post… On comprend en tout cas qu’entre persistance et résistance les médias aient changé de ton…

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